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MÉMOIRE ET ENTREPRISE

Voici le texte intégral d'une conférence donnée cette semaine à la demande de l'Andrh Île de France par Jean-Pierre Guéno, historien et journaliste bien connu, sur le thème de la mémoire et/ou de l'amnésie et des Entreprises. Où l'on observe que le DRH peut être un passeur de mémoire.

A l’aube du troisième millénaire, à l’ère du culte de l’instant, du règne du zapping et du triomphe de l’éphémère, nous sommes tous des migrants, des réfugiés de la mémoire. La maladie d'Alzheimer, la maladie du XXIème siècle, ne menace pas seulement les individus : elle menace les organisations, les entreprises, les cultures et les civilisations.

L’amnésie est d’autant plus menaçante que nous avons changé de monde : la globalisation et la mondialisation ont causé une profonde transformation des systèmes économiques et des capitalismes. Nous vivons visiblement une période de transition. Les grandes entreprises ont changé de propriétaires : selon certaines estimations les fonds de pension détiendraient 40 % du capital des sociétés qui constituent le CAC 40 à la Bourse de Paris. Les « investisseurs institutionnels », également appelés « grands investisseurs », sont des organismes collecteurs de l'épargne qui placent leurs fonds sur les marchés. Il s'agit principalement de sociétés d'investissement, de fonds de pension, d'organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) ou de sociétés d'assurance. Ces institutionnels, du hedge fund le plus audacieux au gestionnaire de fonds de pension le plus prudent, gèrent l’épargne des millions de ménages aisés de la génération du « baby boom » des pays riches et des enfants gâtés qui manifestaient en 68 et qui deviennent aujourd’hui la génération du « papy » et du « mamy » boom.

En tant que tels, ces investisseurs institutionnels n’ont qu’un objectif : maximiser le rendement de l’épargne de leurs mandants, compte tenu du niveau de risque que ceux-ci sont prêts à assumer. Ces investisseurs institutionnels sont parfois soupçonnés de privilégier systématiquement les profits à court terme, au détriment de l’emploi et de la croissance.

Souvent, ces nouveaux propriétaires n’accordent que très peu d’importance au passé, à l’histoire, aux valeurs, à la mémoire des entreprises qu’ils rachètent et qu’ils revendent parce qu’ils les instrumentalisent comme autant d’outils de rendement à court terme. Il n’est donc pas surprenant de voir un nombre croissant de cadres dans beaucoup d’entreprises, qui basculent dans l’ère du cynisme, de l’opportunisme et du mercenariat, à l’exemple de beaucoup de dirigeants de certaines grandes entreprises, pour lesquels les « stock options » sont aujourd’hui, de loin, la source principale d’enrichissement : leur intérêt économique est donc désormais identique à celui des actionnaires.

Malgré leur discours à la mode qui prétend privilégier le développement durable, beaucoup d’entreprises sont elles aussi devenues expertes dans l’art du zapping, de l’opportunisme et du court-termisme.

Avant d’aller plus loin, il est sans doute nécessaire de nous rafraîchir la mémoire : de nous rappeler le sens de certains mots, de remettre l’homme à sa juste échelle et de s’interroger sur les structures qu’il donne à ses organisations.

Il convient de ne pas confondre l’histoire et la mémoire.

L’histoire, c’est la procédure de recherche de la vérité. En choisissant d'intituler son œuvre « historie », c'est à dire « enquête » en grec, Hérodote, le père de l'histoire, avait donné au mot histoire cette dimension dès le 5e siècle avant J.-C.

La mémoire, c’est notre patrimoine mental : l’ensemble des souvenirs qui nourrissent nos représentations, assurent notre cohésion d’individus dans un groupe ou dans une société et qui peuvent inspirer nos actions présentes et futures. La mémoire fait partie des matériaux de l’histoire. Elle est générée par des témoins avant même d’être utilisée par les historiens.

L’amnésie, c’est l’altération ou perte de la mémoire. Elle peut être volontaire ou involontaire. Lorsqu‘elle est volontaire, elle procède du déni, qui n’est rien d’autre qu’une occultation : l'acte de déni refuse de prendre en charge certaines perceptions : un fragment, éventuellement important, de la réalité, se voit totalement ignoré ; la personne qui dénie se comporte comme si cette réalité n'existait pas, alors qu'elle la perçoit.

Remettons à présent l’homme à sa juste échelle : le Big bang, c’était il y a 13,7 milliards d'années. Notre voie lactée est une poussière à l’échelle de l’univers. Son noyau central n’est épais de que de 300 années-lumière. La voie lactée héberge pourtant deux cent milliards d’étoiles et notre soleil est situé à 26000 années-lumière de son centre incandescent. On dénombre plus de 10 000 milliards de milliards d’étoiles dans l’univers visible regroupées dans 100 milliards de galaxies. L’infiniment petit est à l’échelle de l’infiniment grand. Il y a 100 milliards de neurones dans un cerveau humain et cent mille milliards de cellules dans le corps d’un homme adulte. 100 milliards d’hommes nous ont précédés sur la terre. Il y a 70 ans nous étions 2 milliards d’hommes sur la planète. En 2016 nous sommes 7,4 milliards. Nous serons 8 milliards de terriens en 2024.

Interrogeons-nous enfin sur les structures de nos organisations. Alors même que nous sommes entourés et composés de structures polycellulaires, qui sont les structures de la matière vivante, nous nous évertuons à donner à nos organisations des structures pyramidales, c’est-à-dire des structures fossiles, comparables à la structure des cristaux et du charbon. Nos pyramides sont centralisées, lourdes, cloisonnées, amnésiantes, désynchronisantes.

Non contentes d’être trop souvent pyramidales, nos organisations sont trop souvent structurées de façon médiévale. Les directions, les branches des grandes entreprises sont parfois comparables à des fiefs qui passent plus de temps à s’affronter, à diverger à l’interne qu’à converger pour affronter les concurrents de l’entreprise. En beau pays gaulois, il peut arriver que chaque cadre dirigeant privilégie sa volonté de puissance, rêvant de devenir calife à la place du calife, de battre monnaie et de porter blason.

De telles structures à la fois pyramidales et médiévales, sont le plus souvent balkanisées, redondantes et stériles. Elles favorisent l’amnésie, le manque de synergie et le manque de synchronisation. Là où une structure fossile favorise l’esprit de défiance qui implique lui-même la passivité, l’infantilisation, et l’inertie, une structure vivante, une structure polycellulaire, favorise l’esprit de confiance qui génère lui-même toujours plus de proactivité, d’initiatives, de dynamisme et de responsabilité.

La lourdeur des structures, la perte de temps qui en découle, compromettent toutes les mémoires de l’entreprise : la mémoire de son identité, la mémoire de ses valeurs, la mémoire de ses métiers, la mémoire de ses recherches et de son développement, sa mémoire commerciale, sa mémoire comptable, sa mémoire organisationnelle et sa mémoire sociale. Aux confins de toutes ces mémoires, il est un mot clef, un mot capital : celui de la transmission. Condition sine qua non du développement durable, de la survie des organisations en général et des entreprises en particulier.

Parmi les vecteurs de la mémoire il en est un qui est à la fois primordial et irremplaçable : l’écrit. A l’aube du troisième millénaire l’écrit reste omniprésent. Il résulte d’une formidable conquête : l’homme a mis plus de 5 millions d’années pour apprendre à écrire, moins de 5000 ans pour faire évoluer les supports de l’écrit, passant des tablettes d’argile des mésopotamiens aux tablettes tactiles d’aujourd’hui, en passant par la cire, le papyrus, le parchemin, le vélin, le papier, par l’imprimerie, par les incunables, par les livres et par les journaux, pour aboutir aux écrans plats de nos ordinateurs, de nos smartphones et de nos montres. Il a fallu ensuite moins de 50 ans pour faire converger le papier et le pixel qui n’en sont encore qu’à l’aube de leur convergence et d’une formidable synergie. Le déferlement de la télévision a fait oublier à tout le monde que la civilisation de l’image avait précédé celle de l’écrit. Les hiéroglyphes sont à l’écriture contemporaine ce que l’art figuratif est à l’art abstrait.

L’univers tout entier était contenu dans l’écriture et dans les enluminures des manuscrits à peinture du moyen-âge. Certaines encres étaient faites avec des peaux macérées ou avec des substances animales. D’autres avec des plantes infusées, d’autres encore avec des pierres broyées. On prétend que certains rouges étaient fabriqués avec le sang de jeunes hommes roux égorgés par des nuits de pleine lune. Tous les règnes étaient donc « injectés » dans ces manuscrits à peinture : le règne animal, le règne végétal, le règne minéral et le règne humain.

A l’aube du 3ème millénaire l’écrit et la mémoire de l’écrit sont en danger. Comme toute révolution technologique, la révolution du digital est à double tranchant. Elle ouvre à l’humanité des perspectives inespérées et sans précédent en matière de stockage, de partage, de diffusion des connaissances et de l’information. Mais elle débouche également sur de nouvelles formes d’amnésie et d’illettrisme. Elle peut brider l’homme qu’elle libère.

Il faut évoquer ici l’amnésie digitale qui peut résulter de l’anesthésie, de l’atrophie de la mémoire, de son effacement par accumulation, et de son effacement mécanique, aboutissant dans tous les cas à la rupture de la transmission. 1/3 des terriens de 2016 sont incapables de mémoriser le numéro de téléphone de leur plus proche. Les fonctions prises en charge par nos calculatrices et par nos smartphones débouchent sur une atrophie insidieuse de nos facultés de calcul mental et de mémorisation qui oblige à mettre en place des machines à rendre la monnaie dans les boulangeries, sous prétexte d’hygiène, alors qu’il s’agit en fait de pallier l’incapacité de certains vendeurs à savoir rendre la monnaie par inaptitude au calcul mental. Faute d’entraînement, notre mémoire devient paresseuse. Elle se rouille.

L’amnésie digitale, c’est aussi l’amnésie par atrophie des sens. L’écrit papier fait appel aux 5 sens : la vue, le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût. L’écrit / Ecran ne fait plus appel qu’à la vue et à l’ouïe.

L’amnésie digitale, c’est encore l’amnésie par trop plein, par accumulation. Le Web est à la fois une formidable base de données universelle eu une gigantesque poubelle truffée de scories et de déchets. Un univers pollué qui fourmille de virus, de fausses informations, et qui meurt de sa surproduction. Les supports numériques sont par ailleurs hautement périssables et de façon aléatoire. Lorsqu’ils ne s’effacent pas, ils ne sont de toutes façons plus lisibles dans la mesure où la rapidité de l’évolution des matériels de lecture, des logiciels et des progiciels accélère l’obsolescence des données elles-mêmes et de l’accès à ces données. Le problème du dépôt légal des données numérisées, des matériels et des progiciels qui conditionnent leur exploitation reste entier.

Les manuscrits de la mer morte rédigés entre le 3ème siècle av. J.-C. et le 1er siècle apr. J.-C. sont toujours lisibles sous forme de fragments. Certaines données numériques vieilles de 20 ans ne sont plus accessibles. Bruno Racine, Président de la Bibliothèque Nationale de France déclarait dans le journal La Croix daté du 12 décembre 2013 : « Le risque de trou noir lié au caractère périssable du numérique est réel. Notre mission est d’empêcher qu’il advienne. Nous essayons de courir en même temps que la technologie. Tout en sachant que ce que nous n’archivons pas sera sans doute perdu pour toujours. Ce qui a toujours existé : l’oubli est aussi une composante de la mémoire. L’hypermnésie est une maladie mortelle. Face à cette prolifération, l’exhaustivité n’aurait absolument aucun sens. La meilleure manière de conserver le numérique natif serait de l’imprimer sur papier. Le paradoxe n’est qu’apparent. La conservation physique suppose un environnement stable et contrôlé, mais l’objet, ensuite, est inerte et peut durer des siècles. Tandis que la conservation numérique est un processus de régénération continue auquel nous nous adaptons en permanence. »

L’amnésie digitale, c’est enfin la perte de la mémoire des fondamentaux de la langue, de l’orthographe, et de l’écriture en général : ce que certains appellent aujourd’hui l’illettrisme digital.

Ce phénomène qui n’est pas nouveau a été accéléré par le recours à l’écriture digitale, pourtant assistée par la possibilité d’avoir recours à des correcteurs orthographiques. Contrairement à l’illettrisme traditionnel qui concerne des populations transplantées, défavorisées, analphabètes et ou illettrés, le phénomène de l’illettrisme digital concerne des populations éduquées et sensées avoir été instruites, mais qui auront connu un apprentissage déficient de la lecture et de l’écriture restreint au caractère purement utilitaire du vocabulaire. Le mot devient un vecteur souvent écrit en phonétique : ainsi cette formule relevée sur le panneau d’affichage d’une grande gare parisienne « Le train ne marquera pas la raie » ou encore le formulaire d’abonnement des internautes au site d’information de l’Elysée censé incarner la Présidence de la République Française qui est resté rédigé quelques temps comme suit : « Pour confirmer votre abonnement, nous vous invitons à cliquez sur ce lien » prouvant que le site n’était pas relu et que le rédacteur du formulaire n’était plus capable de faire la distinction qui s’impose entre l’infinitif d’un verbe et sa conjugaison à la deuxième personne du pluriel : « er ou ez » . La même faute s’est vue commise sur le site officiel du ministère de l’éducation nationale destiné à la préparation du concours de « professeur des écoles » : « A partir de la session 2014, les épreuves des concours de recrutement de professeurs des écoles sont modifiées. Pour vous préparez, vous pouvez consulter les exemples de sujets élaborés pour aider les candidats ».

Dans tous les cas, l’amnésie digitale compromet la diffusion et la transmission du sens, des savoirs, de l’information et de la connaissance. Elle est une source grave d’imprécision, de distorsion, de malentendu, toujours dommageable à l’entreprise.

Cette amnésie digitale est aujourd’hui renforcée par ce qui pourrait être désigné sous le nom d’amnésie médiatique. Le temps des médias, numérique aidant, est celui de l’instant et du zapping. Il privilégie l’événementiel, le scoop, l’écume de l’actualité, le sensationnel sur le sens, et le travail de l’information qui ne vaut que par son analyse et par sa vérification devient alors le risque d’aboutir à la désinformation, quand le processus n’est pas volontaire, visant à « divertir » les foules, à braquer les projecteurs sur des sujets sans importance pour éviter d’évoquer les sujets qui importent vraiment et qui fâchent. A force de privilégier la révélation du scoop, le poids des mots et le choc des photos, on oublie l’épaisseur indispensable du sens, et l’importance de la nuance, de la relativisation, de la remise en contexte des événements, et de l’indispensable prise de recul qui devrait précéder leur analyse et leur commentaire. Il aura fallu la publication très pénible et quelque peu obscène et voyeuse du petit réfugié syrien au T-shirt rouge mort noyé et que l'on peut voir la tête dans le sable sur une plage, le jeudi 3 septembre 2015, pour déclencher une prise de conscience salutaire alors que, d’après la FAO, un enfant meurt de faim toutes les 6 secondes dans le monde et que cela aboutit au décès de plus de 5 millions d'enfants chaque année.

Alors même que tout passe par l’écrit, Google n’étant rien d’autre qu’un fabuleux algorithme, qu’un formidable moteur de recherche dans l’écrit, alors même que les medias, radio, télévision , web sont tous sous-tendus par l’écrit, il est une illusion d’optique qui incite certains opérateurs à désincarner, à virtualiser l’écrit, jusqu’au point de considérer l’apprentissage de l’écriture manuscrite comme une étape aussi fastidieuse que facultative : dans 45 états américains, on a décidé en 2013 de supprimer l’apprentissage de l’écriture manuscrite cursive dans les écoles. La même décision a été prise en Finlande en 2015. « A l’ère numérique, la maîtrise de la frappe au clavier prime sur tout. » clament les détracteurs de l’écriture manuelle. Et c’est au moment où la calligraphie recule, qu’un nombre croissant de travaux démontre ses bienfaits.

Qu’elle soit subie ou volontaire, l’amnésie des entreprises est un phénomène très toxique : elle compromet leur développement et en particulier leur développement durable, puisque le propre de l’amnésie, c’est d’abolir la durée, de fausser les perspectives, de compromettre la prise de recul et l’esprit d’anticipation lorsqu’il est le fruit de l’analyse de l’histoire. Lorsqu’une entreprise change de nom, ce peut être pour déployer une stratégie nouvelle, pour entériner un changement de nature. Ce peut être aussi pour faire oublier un passé sur lequel l’entreprise ne veut surtout plus miser. Dans certains cas le changement de nom peut signifier l’intention de faire table rase de la mémoire. Il en va de même lorsque les entreprises changent de statut. Certaines administrations sont devenues des entreprises publiques avant de devenir des entreprises privatisées. Lorsque la mutation est rapide, elle pose le problème du changement de culture de fonctionnaires qui vont se trouver confrontés parfois brutalement et sans vraie transition aux lois de la concurrence, du commerce et des marchés.

Qu’elles soient de statut public ou de statut privé, la plupart des collectivités humaines qui sont en charge de l’intérêt général traversent une période d’évolution, de transition et donc une période de crise. L’Education Nationale, l’APHP, la justice, la police, l’armée, des grandes entreprises comme France Telecom ou La Poste sont touchées par des malaises qui ont pu se traduire par des vagues de suicides. Leurs personnels ont du mal à savoir jusqu’à quel point il leur est permis de transmettre leurs valeurs et leurs points de repère aux générations montantes. Lorsque cette transmission n’est plus au goût du jour, c’est un peu la négation de toute leur carrière et de tous leurs états de service.

L’amnésie des entreprises les amène trop souvent à redécouvrir la lune ou à réinventer l’eau chaude, en gaspillant des savoir-faire ou des expériences oubliées. En 2007, lorsqu’il est devenu Président de la République, Nicolas Sarkozy, passionné de philatélie, a demandé à La Poste d’organiser un grand colloque sur la philatélie. Au cours de ce colloque, l’idée d’utiliser le timbre et les carnets de timbres comme supports publicitaires a été évoquée comme une perspective nouvelle. L’entreprise avait visiblement oublié qu’en 1922, elle avait décidé, alors qu’elle n’était qu’une administration, d’introduire la publicité sur les couvertures de carnets de timbres, la concession étant confiée à un entrepreneur privé. Sous l’impulsion de ce concessionnaire, elle avait utilisé, en 1923, les marges vierges des timbres-poste pour y ajouter ce que l’on appelait à l’époque de la « réclame » !

Les organisations et les entreprises sont à l’image des nations, des cultures et des civilisations qui les hébergent. Elles sont en grand danger d’amnésie et donc en grand danger de barbarie.

Il est clair que la mémoire est un enjeu stratégique qui conditionne le devenir et le développement des entreprises. Je veux parler ici de la mémoire utilisée comme une force de progrès, comme un carburant de l’action, et non comme une force stérile de nostalgie mythique et passéiste développant le mythe du « c’était mieux avant ».

Il est clair que la mémoire des entreprises ne peut se résumer à la mémoire de leurs actionnaires ou de leurs propriétaires. Elle doit englober la mémoire collective de leurs personnels, en veillant à ce que le turn over parfois trop rapide de leurs forces humaines ne génère pas une autre forme d’amnésie, par la rupture du phénomène de la transmission des expériences, des savoirs et des valeurs inhérentes à toute organisation humaine, dès lors qu’elle incarne une histoire.

Si le capital des entreprises est à la fois financier et technique, si leurs actifs sont à la fois matériels et comptables, ils résident aussi dans leurs ressources humaines et dans leur mémoire. Ce capital ne se situe ainsi pas seulement sur le terrain de « l’avoir » mais aussi sur celui de « l’être ».

D’une certaine façon, la mémoire des entreprises c’est aussi l’âme et la conscience des entreprises. Ce qui au bout du compte conditionne leur éthique. Il est à cet égard permis de se demander, de même que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », si la gestion sans mémoire n’aboutit pas elle aussi à la ruine de l’âme.

La mémoire des entreprises ne se résume pas à celle de leurs métiers : elle est aussi celle de leurs racines, de leurs valeurs, de leurs points de repère.

J’ai fait un rêve : Le grand gardien de la mémoire de l’entreprise, le grand médiateur placé entre les individus, les équipes et les états-majors de l’entreprise, entre l’entreprise et son histoire, entre l’histoire de l’entreprise et sa mémoire, entre la raison sociale de l’entreprise et sa mémoire, entre l’entreprise et sa conscience, entre l’entreprise et ses valeurs, entre l’entreprise et son éthique, ce pourrait être son directeur ou sa directrice des Ressources Humaines.

Il ou elle pourrait devenir l’artisan d’une sorte d’écologie de l’entreprise et de ses ressources humaines, misant sur la mémoire, misant sur le développement durable, misant sur le capital humain et sur les valeurs humaines, et bannissant toute forme d’amnésie ou de court-termisme.

Il ou elle pourrait devenir s’il ou elle ne l’est pas déjà, celui ou celle qui ne « réduit », qui ne restreint, qui n’écrase jamais l’être humain dans ses techniques de gestion et d’évaluation, mais qui au contraire l’aide à grandir et à se dépasser. Un être humain dans une organisation ne saurait être résumé au coût qu’il engendre. Un être humain dans une organisation, dans une équipe, c’est toujours une forme d’investissement et de foi en l’avenir.

Le DRH, la DRH pourrait devenir à l’image du « chasseur de papillons » dessiné par Antoine de Saint-Exupéry. A son ami le Général X qui lui demandait pourquoi il portait toujours ce dessin sur lui, alors qu’il ne l’avait même pas inclus dans le casting des personnages de son « petit prince », l’aviateur-écrivain avait répondu : « Mon chasseur de papillons, c’est l’un de mes personnages préférés : car il court après un idéal réaliste. »

Et vous qui gérez et développez le plus beau capital de vos entreprises, leur capital humain, je vous souhaite de ne jamais oublier que vous êtes, que nous sommes des passeurs de mémoire. Et de toujours veiller à ce que l’histoire reste une science de l’éveil et de la citoyenneté, et qu’elle ne devienne pas une science de l’anesthésie. Je vous souhaite à vous aussi de courir le plus longtemps possible après un idéal réaliste.

Jean-Pierre Guéno

  • Administrateur Civil.
  • Administrateur des PTT
  • Editeur / Ecrivain / Journaliste/ Historien
  • Ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure des Postes et Télécommunications et de l’Ecole Nationale d’Administration (promotion Solidarité)
  • Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. (Lettres Modernes)

2015 : chargé de Mission Fondation d’Entreprise du Groupe La Poste

2013/2015 : Directeur de la Culture des musées des Lettres et Manuscrits de Paris et de Bruxelles

2009/2013 : Chargé de mission Groupe La Poste (Diverses missions effectuées pour l’Enseigne, pour la Direction du Courrier et pour la Fondation d’entreprise du Groupe La Poste)

2000/2008 : Directeur des Editions de Radio France

1999 : Directeur de la Communication de Radio France

1997/1998 : Directeur de la Commercialisation de Radio France et de sa régie publicitaire

1996/1997 : Directeur du développement du timbre et de la philatélie à La Poste. (SNTP, devenu Philaposte))

1994 /1996 : Directeur adjoint de la communication de La Poste

1991/1993 : Président de l’Union des journaux et journalistes d’entreprise de France (UJJEF devenue Communication et Entreprise : Association fédérant les professionnels de la communication d’entreprise)

1989 / 1994 : Directeur de la de la valorisation et de la communication de la Bibliothèque Nationale. Responsable de son développement culturel et commercial : Expositions, Editions, Manifestations, communication…

1986/ 1989 : Responsable de la presse et des systèmes d’information de la Poste au ministère des P.T.T.. Créateur de Forum de la Poste

1984 /1986 : Responsable du développement commercial des nouveaux moyens de paiement à la direction générale des postes au ministère des PTT. (Aujourd’hui Banque postale)

Distinctions :

  • Grand Prix de la presse d’entreprise pour Forum de la Poste décerné par l’UJJEF (1987).
  • Prix spécial du journalisme du Haut Comité culturel franco-allemand pour Paroles de Poilus (1999)
  • Prix Charles Cros pour Paroles de poilus (1999) (CD Frémeaux)
  • Prix Charles Cros pour Paroles d’Etoiles (2004) (CD Gallimard)
  • Membre du Jury du Prix Erwan Bergot Grand prix littéraire de l’armée de terre
  • Prix « Grand témoin » de la France Mutualiste pour Paroles de l’ombre Novembre 2010 remis par Jean-Louis Debré Président du Conseil Constitutionnel à l’Assemblée Nationale.

Publications

Collection « la mémoire de l’encre » (Editions Robert Laffont 6 volumes de 1992 à 1997)

Un amour de stylo (éditions Robert Laffont ) 1992

La mémoire du Grand Meaulnes (éditions Robert Laffont, 1995).

Les plus belles lettres illustrées (éditions La Martinière 1998)

Sand et Musset les enfants du siècle (éditions La Martinière 1999)

Paroles de Poilus Librio et Tallandier Radios Locales de Radio France 1998

L’Enfance de l’Art (éditions La Martinière 1999)

Paroles de détenus (Les Arènes Librio France Bleu 2000)

Les plus beaux manuscrits de la langue française (Editions La Martinière 2000)

Mémoires de maîtres, Paroles d’élèves Librio Octobre 2001

Chère Ecole Les Arènes Octobre 2001

Les plus beaux manuscrits de Victor Hugo Perrin Octobre 2001

Paroles d’Etoiles Librio Les Arènes France Bleu France Info Octobre 2002

Les plus beaux récits de voyage La Martinière Octobre 2002

Les enfants du silence Milan France Bleu France Info Mars 2003

Nos premières fois Librio France Bleu France Info Octobre 2003

Mon papa en guerre – Lettres de pères et mots d’enfants – 14/18 » Les Arènes Octobre 2003 Librio Août 2004

Paroles du Jour J Les Arènes Librio Avril 2004

Les plus beaux manuscrits de George Sand Perrin Avril 2004

Les plus beaux manuscrits de femmes La Martinière Octobre 2004

Cher pays de mon enfance, Paroles de déracinés Les Arènes et Librio Octobre 2005

Paroles de Verdun Perrin Septembre 2006

Mon papa en guerre Montparnasse Avril 2006 DVD

L’oncle d’Amérique Omnibus Octobre 2006

Je t’aime Les Arènes Octobre 2006

Paroles d’Amour Librio Octobre 2006

Paroles de poilus en BD Soleil Novembre 2006

Lettres à nos mères Librio Mai 2007

Paroles de femmes Les Arènes et Librio Octobre 2007

Paroles de Verdun en BD Soleil Novembre 2006

Voleurs de feu Flammarion Octobre 2007

Paroles de poilus au théâtre Naïve Novembre 2007 DVD

Paroles d’enfance Les Arènes / Librio Septembre 2008

Paroles d’étoiles en BD Editions Soleil Octobre 2008

Musset, l’orphelin de Venise Editions Triartis Juillet 2009

Paroles de l’ombre 1939-1945 Editions Les Arènes et Librio Octobre 2009

La mémoire du petit prince Editions Jacob Duvernet Octobre 2009

De Gaulle à Londres le souffle de la liberté Editions Perrin Mai 2010

La vie en toutes lettres Editions Plon Octobre 2010

Les Diamants de l’histoire Editions Jacob Duvernet Octobre 2010

Paroles de torturés Guerre d’ Algérie 1954-1962 Editions Jacob Duvernet Mai 2011

Paroles de l’ombre 2 : la guerre des mots Editions des Arènes Novembre 2011

Les messages secrets du Général de Gaulle Gallimard/MLM Novembre 2011

La terre en héritage : sauver la planète du petit prince Editions Jacob Duvernet Novembre 2011

Lilli Marleen Editions Librio Mars 2012

Charles de Gaulle, une nouvelle République Editions GF / L’Express / Le Figaro Juin 2012

Paroles de poilus en BD Editions Soleil Novembre 2012

Cher Père Noël La Poste / Editions Télémaque Novembre 2012

Paroles de guerre d’Algérie BD Editions Soleil 2012

Coffret Historique « Paroles de » Librio Nov 2012

Verlaine en Prison Editions Gallimard/MLM Bruxelles Octobre 2012 Paris Février 2013

Les enfants du silence Editions Milan 2013

Paroles d’école BD Editions Soleil 2013

Paroles d’Algérie Editions Librio 2013

Les poilus Editions des Arènes et Librio Paris Octobre 2013

Entre les lignes et les tranchées Gallimard/MLM avril 2014

Paroles du Jour J Réédition Les Arènes Mai 2014

Belle époque ? le chaudron de l’apocalypse. Editions Triartis Juin 2014

Dans la peau du soldat inconnu Le passeur Editeur Automne 2014

Les visages de Saint-Exupéry Le passeur Editeur Automne 2014

De Gaulle et Marianne selon Jacques Faizant Hugo & Cie Automne 2014

Paroles de poilus Ephéméride 2016 Editions 365 Septembre 2015

Paroles d’Exode Mai/Juin 1940 Editions Librio Octobre 2015

Dans la peau du soldat inconnu Editions J’ai lu Flammarion Novembre 2015

MÉMOIRE ET ENTREPRISE

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