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Grève à l'usine de Clermont-Ferrand (épisode 5)

Grève à l’usine de Clermont-Ferrand (Episode 5)

Philippe, le DRH de Truck Maintenance arpentait son bureau de long en large, en proie à une inquiétude grandissante. Depuis les évènements de ces derniers jours il avait visionné des heures d’enregistrement vidéo. Si le « Système » avait masqué sur ordre des robots certaines images au début du conflit, tout était rentré dans l’ordre et l’on pouvait à nouveau prendre connaissance de la situation des ateliers. Tout semblait être conforme, sauf que… Depuis que les humains étaient sortis de la production, les rythmes étaient restés les mêmes. On était sur la base des trois postes habituels, sauf que les robots ne connaissaient pas ces ruptures et travaillaient 24 heures sur 24. Or en regardant bien les postes de travail, Philippe constatait qu’à chaque relève, environ 20% des robots disparaissaient et étaient remplacés par un effectif équivalent qui à son tour disparaissait 8 heures après. Philippe en était là de sa réflexion lorsque Brutus, son assistant entra dans la pièce.

  • Le DG te demande, dit Brutus, d’un ton qui ne souffrait aucune remarque
  • (et en plus, il me tutoie maintenant…) J’y vais de suite.

En montant les escaliers desservant l’étage supérieur, Philippe replongeât dans ses pensées et c’est presqu’inconsciemment qu’il frappa à la porte de Carlos Beston, le Directeur Général de T.M Sa.

  • Entrez
  • Bonjour, vous vouliez me voir ?
  • Asseyez-vous, Philippe, je voulais vous dire que je suis ravi que les choses se soient ainsi améliorées, et que le travail ait repris. Le Directeur de Prod qui avait été mis sur la touche par les opérateurs est parti ce matin pour le Japon comme consultant interne au siège du Groupe. C’est mieux pour lui, il n’était pas fait pour le management.
  • Certainement. Il n’empêche que nous avons cédé au chantage et que maintenant je me demande parfois qui dirige la maison, nous ou les robots ?
  • Faux pas exagérer, Philippe, nous avons une production qui n’a jamais été aussi bonne. Alors pourquoi se plaindre ?
  • Au prétexte de la performance, on accepte parfois des revendications ou des libertés qu’il ne sera pas possible de reprendre après. C’est la porte ouverte à toute les exagérations.
  • C’est justement pour ça que je voulais vous voir. Je trouve que vous êtes un peu rigide. Acceptez un peu la diversité. Les robots sont nos créatures, ce sont donc naturellement nos alliés ; Ils ne pensent pas comme nous, n’ont pas les mêmes façons de se conduire, mais sont corvéables à merci. Alors faisons avec !
  • Justement, je trouve qu’ils ont évolué, et qu’ils nous cachent peut-être des choses…
  • Non, Philippe, c’est dit, soyez plus cool, et vous verrez tout le monde s’en portera mieux…

En fait, Philippe venait de recevoir un rappel à l’ordre. Toujours souriant Carlos, toujours affable et courtois, mais la poignée de main signifiait qu’il n’y avait aucun commentaire à faire.

En sortant du site, Philippe ne prit pas la route de son domicile. D’abord parce que personne ne l’y attendait, mais surtout parce qu’il avait décidé de se rendre à l’adresse qu’avait donné le Trans pour justifier sa demande de mutation. Il avait donné une adresse à Chamalières dans un quartier résidentiel sur les hauteurs. En se garant à quelques distances du pavillon, il avait vue sur le jardin, plutôt coquet. Instinctivement, il baissa la tête lorsqu’il aperçut Alioche (nom qui lui avait été donné à son arrivée dans l’entreprise puisqu’il remplaçait un dénommé Alain Antioche à la compta.), qui garait sa petite voiture électrique devant sa maison. Mais la surprise fût de taille lorsqu’il vit Alioche se précipiter et prendre dans ses bras une superbe brune, et l’embrasser tout de go.

La surprise passée, il reconnut Carine, l’une des gestionnaires de paie, licenciée il y a deux ans à l’arrivée de la génération 1 des robots. Une humaine avec un robot ! Il ne manquait plus que ça. Et comme il lui fallait un dernier coup de massue, Philippe n’en crut pas ses yeux de voir un petit bout d’chou marchant à peine, s’agripper au pantalon d’Alioche pour se faire prendre dans les bras.

Comment se retrouva-t-il sur la route de Royat à une allure folle pour finir par s’arrêter sur une aire d’où l’on pouvait dominer toute la région, il ne pût le dire. C’est en pleine nuit qu’il reprit conscience, comme au sortir d’un cauchemar. Il remit le contact et rentra chez lui… avala une rasade de Lagavulin et resta des heures encore à tenter de comprendre les répercussions de ce qu’il venait de voir quelques heures avant.

Le lendemain matin, au bureau, il convoqua Brutus.

  • Dis-moi Brutus tu es certain que tu n’as rien à me dire ?
  • A quel propos ?
  • Au sujet d’Alioche
  • Le « trans » qui a demandé sa mutation ?
  • Ne joue pas au plus fin avec moi. En tant qu’assistant RH tu as accès à tous les dossiers. Qu’est-ce que c’est cette histoire de rapprochement de domicile ?
  • Il souhaite certainement simplement profiter un peu plus de sa famille…
  • Un robot, une famille ? Tu te fiche de moi !
  • Mais non, les « trans » peuvent vivre avec d’autres « trans » …
  • Et avec des « humains »

Brutus éclata de rire, mais Philippe détecta une véritable gêne inhabituelle chez cette ferraille pensante.

(à suivre)

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