Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Grève à l'usine de Clermont-Ferrand (épisode 6)

Grève à l’usine de Clermont-Ferrand (épisode 6)

Où l'on envisage une réaction...

Les dernières nouvelles étaient alarmantes : les robots s’humanisaient sans que les humains n’en soient réellement conscients. Philippe, le DRH de Maintenance Truck en avait la certitude, ils pouvaient même procréer. Tout cela allait trop vite, beaucoup trop vite.

Les derniers mois avaient été tendus pour l’entreprise qui avait dû faire face à une grève avec occupation et séquestration, la fin de la présence des « humains » sur les sites de production, des robots élus comme DP, des demandes de mobilités, de congés voire d’arrêts maladie pour les robots… mais que dire à l’échelle régionale, voire nationale et même mondiale ?

A Clermont, le célèbre fabriquant de pneumatique annonçait qu’après la production c’était la R&D qui était totalement automatisée. Toujours à Clermont, l’INRA s’était associé avec l’INRIA pour produire des vaches robotisées. Après tout, il est vrai que les animaux et nous ne sommes que des algorithmes biochimiques… Dès lors en maitrisant le process on peut faire produire du lait à des machines qui plus est, plus intelligentes que les vraies… Des capteurs permettaient aux ruminates (le nom de ces clones) de n’engloutir que des herbes sélectionnées et d’éviter (biodiversité oblige) d’en supprimer d’autres. Et Philippe devait bien l’avouer, le lait avait très bon goût.

En France, le Gouvernement avait mis en place la rémunération forfaitaire à vie. En effet avec 60% de chômeurs, le travail n’était plus une donnée accessible pour tous. A 18 ans tout français percevait 2000€ par mois, jusqu’à sa mort. Le financement était assuré par une taxe de 25% sur le chiffre d’affaires des entreprises dont la plupart n’avait pratiquement plus de charges salariales. Les entreprises étaient gagnantes et l’Etat aussi puisqu’il n’y avait plus ni Assedic ni retraites. Des périodes citoyennes étaient organisées (environ une par trimestre) où les français, s’ils n’étaient pas en poste, devaient réaliser des tâches d’intérêt général. Cette organisation avait permis de réduire de 50% le nombre de fonctionnaires. L’arrivée des robots avait aussi bouleversé le secteur de la santé et celui de l’éducation nationale. Des robots chirurgiens exerçaient avec plus de dextérité que les docteurs en médecine, et les instituteurs androïdes étaient en mesure d’apprendre aux enfants de façon ludique, mais aussi en dehors des heures de classe, de corriger les devoirs, faire le ménage, et exercer de menus travaux…sans rechigner.

Les salariés encore en fonction percevaient un salaire en plus des 2000€ et surtout des avantages en nature (logement de fonction, véhicule, jusqu'aux vêtements étaient pris en charge) En revanche point de retraite, il fallait faire avec les 2000 ou se faire un portefeuille immobilier ou d'actions pour ses vieux jours...

En dehors de ça, la civilisation des loisirs avait pris tout son sens…

Ailleurs dans le monde, il avait été négocié un traité de non-prolifération des robots, de peur d’une utilisation non raisonnée. La Corée du Nord avait même signé ce texte lorsqu’elle avait vu à sa frontière du Sud une armée d’Androïdes prendre place et attendre un feu vert hypothétique. Et puis les industries en place ne pouvaient toutes en même temps prétendre à cette modernisation sans provoque un effondrement de l’économie mondiale.

Philippe repris sa respiration, et à la demande de Brutus, autorisa l’entrée dans son bureau d’un visiteur connu. Laurent Bourle, le directeur technique fit son apparition, derrière Brutus qui s’éclipsa sans un mot.

  • Tu voulais me voir Philippe ?
  • Oui, je sais que je peux avoir confiance en toi et je veux ton avis.

Laurent était un ancien de la Maintenance Truck, entier, sans être homme à couper les cheveux en quatre, il avait des convictions bien arrêtées. Un jour où sa charmante épouse avait eu des problèmes avec son robot domestique, et après s’en être plainte auprès de lui, il l’explosa simplement au fusil de chasse… Ce que l’on appelle être adepte des méthodes douces…

  • Comment vois-tu les évolutions de nos relations avec les robots ?
  • Pas de problème avec la première génération, ils font ce qu’ils doivent faire, même si j’ai été obligé d’en recabler quelques-uns. Quelques prises d’initiatives intempestives, suggérées par les chefs d’équipes, mais qu’on ne pouvait accepter. En revanche, je ne dirais pas la même chose de ces chefs d’équipes, la deuxième génération et surtout pas des « trans » … Eux sont impénétrables et parfois j’en ai peur…
  • Que faut-il faire alors ?
  • Je crains que ce ne soit trop tard, tout notre système économique repose sur eux. J’en parlais à ma fille, tu sais la « psy » qui travaille à Paris, et elle me disait qu’à l’éducation Nationale, ce ne sont plus les instits qui sont automatisés, mais aussi maintenant les orienteurs. Des « trans » analysent le profil génétique et biochimique des enfants pour les insérer dans des filières adaptées. Je suis peut-être trop vieux, dit-il en sortant de sa poche un Nokia d’il y a 20 ans, mais j’ai du mal à accepter que le monde soit dirigé par des machines.
  • Tu sais en 2015 déjà une société Japonaise avait fait entrer un robot dans son conseil d’administration (réel).
  • Ce n’est pas la modernité que je rejette, c’est son impérialisme.
  • Je comprends, mais je repose ma question, que faut-il faire ?
  • Essaie peut-être d’en parler au patron ?
  • Je le crois assez fermé sur ce point. L’entreprise n’a jamais été aussi profitable
  • Et si on soignait le mal par le mal, utilisons leurs contradictions, souviens toi comme tu as su à un moment monter la CGT contre les « réformistes » pour mieux maitriser le cours des opérations …
  • Tu veux monter les robots-mainteneurs contre les chefs d’équipes et les « trans » ?
  • Pourquoi pas ?

(à suivre)

Partager cet article

Repost 0