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Je viens de recevoir une invitation à lire une news sur les apports des neuros-sciences. Ceux qui me connaissent et ceux qui lisent ce blog savent en quelle estime je tiens les gourous de tout poil qui pullulent sur ce thème. Se servir des arguments scientifiques non contrôlés est une mode marketing utilisée par des personnes non légitimes et souvent peu scrupuleuses. Il y a un marché, donc on s'y engouffre. Donc, une fois de plus, je vais tirer la sonnette d'alarme, avant de sortir les armes lourdes.

NE CROYEZ PAS TOUT CE QU'ON VOUS RACONTE...

D'abord un peu d'histoire : D'abord la neurologie a alimenté la psychologie en donnant lieu à la neuro-psychologie. Cette discipline est censée étudier les conséquences sur le comportement des lésions cérébrales observées et d'en tirer des conclusions sur les corrélations entre l'anatomie du cerveau et le fonctionnement de l'esprit humain..  Un des cas les plus connus à l'origine de l'histoire, est celui d'un patient surnommé HM. Il a subit une opération chirurgicale par laquelle on lui a retiré les deux hippocampes, droit et gauche de son cerveau, ceci afin de supprimer les crises d'épilepsie dont il souffrait. Le mérite des  chercheurs fut de montrer que cette opération avait entraîné chez ce patient des troubles de la mémoire sévères mais spécifiques : sans qu'on ait pu l'anticiper à l'époque, HM était devenu amnésique antérograde, c'est-à-dire incapable de mémoriser toute nouvelle information au-delà d'une durée de quelques dizaines de secondes. Du point de vue scientifique, le cas HM a prouvé de façon particulièrement marquante l'existence de différents systèmes de mémoire postulés par les théories de la psychologie cognitive de l'époque. En effet, malgré son amnésie, il restait capable de se souvenir d'événements s'étant produit quelques années avant son opération et il pouvait même apprendre des gestes nouveaux sans se souvenir les avoir appris.

Ce sont ces avancées de la science qui, tous les jours, poussent des apprentis sorciers à en tirer des conclusions totalement aventureuses.

De nos jours la découverte de l'existence des neurones miroirs par exemple, a donné lieu à des conclusions pédagogiques absolument non vérifiées. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'incidences, d'inter-action, de choix privilégiés à tenter... mais QUI est légitime pour les proposer ? Lorsque vous expliquez à des étudiants que "regarder" le maître met en action par les neurones miroirs l'apprentissage, mais que ça ne fonctionne qu'en prise directe et pas par écran interposé...mettez vous en doute les performances du E-Learning ? Et que répondez vous à celui qui vous dit que la vision d'in film X provoque bien chez lui des réactions ? Réflexe ou apprentissage ?

LES EXPERTS NE SONT PAS TOUJOURS LES BONS...

Il faut commencer par noter que les humains étant ce qu'ils sont, il faut avouer qu'il y a souvent, pour expliquer les dysfonctionnements entre deux interprétations, une guerre d'écoles : les sciences dures et les sciences molles... La neuro-physiologie d'une part et la psychologie cognitive de l'autre. 

Une petite aventure personnelle : lors de mes études universitaires, j'ai, durant une année, suivi les cours de psycho-physiologie d'un couple de chercheurs très compétents mais décalés, puisque mon cursus était dominé par l'école freudienne et donc très "psychanalytique". Les étudiants stupides et militants que nous étions ne pouvaient admettre que les comportements puissent être induits par d'autres acteurs que l'inconscient. Dès lors tout était bon pour déconsidérer ce qui aurait pu être un moment de recherche privilégié, y compris fausser des expériences en laissant des traces de fromage dans les parcours labyrinthes que devaient emprunter les rats...

Cette guerre, un peu calmée depuis, existe malgré tout encore, y compris entre les scientifiques eux mêmes. Vous avez peut-être suivi les "courants" qui animent les décisions parfois contradictoires sur l'apprentissage de la lecture à l'école.

 Il va falloir activer en simultané la reconnaissances des sons et la reconnaissance des lettres pour apprendre à lire. Une approche syllabique est donc plus compatible avec le cerveau car elle permet d’activer les neurones liés à la lecture experte.

Il n'y a pas si longtemps les pro-méthode "globale" étaient les mêmes...Mais là encore ce sont les scientifiques entre eux qui ne sont pas d'accord. Alors que penser des "experts" qui ne sont pas des scientifiques ?

Dans son dernier ouvrage "Mon cerveau, ce héros" la philosophe et membre du collectif La Main à la Pâte Elena Pasquinelli revient sur ces neuromythes qui sont issus directement d’une application trop hâtive et d’une vulgarisation trop peu précautionneuse des résultats en neurosciences:

«Tout en nous inondant d’informations, la couverture médiatique des études sur le cerveau est susceptible d’omettre des informations pertinentes –concernant notamment la façon dont les résultats des expériences sont obtenus, les images du cerveau produites et interpréptées. […] L’ignorance des connaissances de base sur l’élaboration des images du cerveau peut induire en erreur le profane en lui faisant croire que l’image qu’il voit du cerveau est analogue à une photo –au Polaroid– d’une état d’activation du cerveau. »

Et surtout qu'elle est la légitimité de ceux qui vous proposent des explications voire des méthodes à suivre. On connaît les risques qui consistent à suivre les apprentis sorciers des "régimes alimentaires" et qui regorgent d'explications scientifiques...mais en management, en formation, en coaching...c'est la même !

Prenons un exemple dont j'ai volontairement changé les éléments d'identification :

Une conférencière ayant pignon sur rue, auteur de nombreux ouvrages, donnant dans la formation et le coaching, que nous appellerons Madame Labiche, peut partager sa connaissance des neuros sciences alors que son parcours est celui d'une direction de laverie industrielle, puis de l'accompagnement de cadres d'entreprises (pourquoi pas...) puis de la révélation que la Vérité et la source de toutes explications reposent sur l'organisation cérébrale et neuronale de l'humain.

Où est la légitimité ?

Mais plus encore, où est la légitimité de ceux et celles qui véhiculent ses idées et ses théories ?

QUELLE PRATIQUE ADOPTER ?

Il n'est pas question de refuser les avancées scientifiques surtout sur ce périmètre où la connaissance prend des allures de course de formule 1... L'arrivée sur le marché des nouveaux outils (lunettes de réalité virtuelle, management par skype interposé, réseaux sociaux...) exige d'être vigilant. Mais qui porte la bonne parole ? Quoiqu'il en soit des écoles, d'abord les scientifiques. Ils sont de plus en plus performants en vulgarisation et en pédagogie.  Un régal que d'écouter le Professeur Pierre Marie Lledo (neurologue, CNRS, Institut Pasteur, Harvard...) mais lui au moins il sait de quoi il parle, et sait dire que l'on ne sait pas lorsque la science n'en n'est pas encore certaine. Donc on s'adresse aux spécialistes et on évite les intermédiaires.

Comme il n'est pas toujours simple de pratiquer la "science directe", on s'assure de la légitimité des "passeurs". Je n'ai aucun scrupule à croire François Geuze, ce spécialiste RH, lorsque nous échangeons sur l'Intelligence Artificielle, car c'est sa première formation supérieure. Sur ce sujet il sait de quoi il parle. En revanche, j'ai plus de doute parfois à croire des "spécialistes du cerveau" qui doivent leur expertise grâce aux lectures abondantes des Sciences&Vie de ces dernières décennies... et ils sont légions. On "lit" les CV's avec tout l'esprit critique souhaitable.

Se méfier aussi dans les lectures y compris d'ouvrages professionnels, de théories qui ne citent ni les sources scientifiques  ni a fortiori les auteurs... et effectuer de temps à autre quelques contrôles. 

Ne pas donner suite aux applications logiciels qui reposent sur des principes "neuro-scientifiques" et même de "psychologie cognitive" sans une analyse des références et validation scientifiques. Les exiger avant d'acheter. C'est une obligation "déontologique".

Et malgré ça , on va quand même se faire avoir, les amis. Un titre de "docteur" peut masquer un sacré "charlot" (voir les régimes cités plus haut), un message de soutien d'un grand scientifique peut avoir été inventé, trafiqué, sorti de son contexte, voire "acheté"(business oblige)... Il faudra s'y faire, il n'est pas aisé de naviguer dans les traductions au quotidien des découvertes scientifiques. Utiliser le doute sans qu'il ne devienne un frein à l'évolution ? Questionner encore et encore les amis, le réseau ? J'allais dire questionner les organisations professionnelles, mais je retire. Elles sont souvent porteuses, elles mêmes, de ces défaillances de jugement.

 

 

 

 

 

 

 

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