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Il y a plusieurs années que je peste contre cette vision élitiste que peut avoir une palanquée de profs, de consultants et de RH qui voudrait que l'alternance favorise forcément l'emploi. Mais je peste aussi lorsque j'entends ces discours sur l'autonomie des jeunes et de la formation via le CPF ou que je me trouve pris au piège des discours sur les générations Z et leurs attentes... Pourquoi ? Simplement parce que mes interlocuteurs ne sont généralement pas issus d'un Bac -12 ou même simplement d'un CAP... Ils en deviennent aveugles.

Or si, comme le signale une étude que je vous livre plus bas, une grande partie des alternants trouve du travail dans les 6 mois, on parle de niveaux "licence ou master"... pour les autres, c'est différent ?

Lorsque le CPF finance des formations, il est sollicité le plus souvent par des niveaux bac et +... et lorsque les attentes des nouvelles générations sont mises en exergue par des speakers de renom, je suis certain, mais réellement certain, que l'apprenti chaudronnier ne s'y reconnait absolument pas. 

Sans nous en rendre compte nous sommes devenus élitistes parfois à notre corps défendant ...

Hors de question de faire du racisme anti csp "moins". Mais simplement de regarder en face une dure réalité : les formations sur un plan général, y compris l'alternance, ne bénéficient pas forcément à ceux qui en ont le plus besoin. Je ne cherche pas à faire comprendre qu'il faudrait exclure de l'apprentissage ou d'autres formes d'alternance les hauts niveaux de qualifications. Cela irait en sens contraire de l'histoire. Passer un diplôme d'ingénieur en alternance est une bonne chose. Et bien souvent, l'entreprise reconnaît la valeur ajoutée de ce type de parcours. La question essentielle repose plus sur la cause qui amène le jeune à s'orienter vers l'alternance :

C'est encore, quoiqu'on en dise, une filière de second choix. Tu n'est pas bon en maths, pas bon en français, tu va aller vers l'apprentissage... mais pourquoi tu ne te sens pas à ta place en classe, pourquoi tu n'es pas motivé par ce que tu apprends...là,  tout le monde s'en fou !

Alors mesure numéro un : revoir le mode d'enseignement des collèges. (et la formation des enseignants qui va avec...) juste histoire de rendre ces cours attractifs. Je vous assure que c'est possible. Puis en cas de décrochage, ne pas attendre le constat mais l'anticiper, l'accompagner.

Mesure numéro deux: faire des métiers techniques ou d'artisanat une filière choisie. Avec des immersions en entreprise pour "vivre" ces métiers de l'intérieur. Une charge pour l'entreprise ? Non, une politique RSE bien comprise. Les critères d'age minimum n'ont aucun sens. Tout doit être personnalisable. Mais cela signifie aussi de la part de l'entreprise et de l'école un véritable partenariat. Le rôle des tuteurs doit être valorisé, ils doivent devenir de vrais interlocuteurs pour l'école, et l'entreprise doit prendre en compte cet engagement dans leurs parcours de carrière. Je reste partisan du volontariat bénévole, en revanche tout doit être fait pour les aider à acquérir les fondamentaux de la pédagogie et inclure cette compétence dans leur portefeuille valorisable.

La présence et l'implication locale de l'entreprise doit se faire sentir jusqu'à rendre superflu le recours au "piston" pour obtenir un stage. La prise de conscience du rôle "social" de l'entreprise se doit de dépasser les clivages... une co-construction avec les partenaires sociaux et l'ensemble des acteurs territoriaux est sans doute nécessaire.

Et puis, mesure numéro trois,  le DRH doit inclure dans ses priorités de détection des potentiels, les jeunes qui entrent dans ces filières courtes, une façon aussi de les valoriser au même titre que les aspirants managers. Une "talent revue" pour des CAP ou Bac Pro, ça vous choque ? Vous voyez que vous êtes élitiste ? Pas le temps ? C'est vous qui gérez les priorités, c'est donc vous qui décidez que ce n'est pas important... 

Enfin, il n'est pas question d'opposer les niveaux entre eux, mais pour une fois de venir appuyer ceux qui en ont le plus besoin. Si déjà on enlevait l'idéologie de cette réflexion, on aurait fait un grand pas.

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