Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Il ne m'est pas possible de vous dire ce que je suis allé faire à Mayotte, n'étant pas persuadé que mon client accepterait que j'en parle. Tout ce que je peux transmettre est que je suis allé former au management des encadrants de la filiale mahoraise d'un groupe Métropolitain connu.

Mais ce n'est pas de ma mission (géniale) dont je voulais vous parler, mais bien de ce que j'ai découvert en passant une semaine sur ce département français. 

Un peu d'histoire...

D'abord je ne connaissais pas du tout l'histoire de Mayotte avant de venir. Je connaissais Madagascar, La Réunion...mais qui est capable de faire la différence à Paris entre Mayotte et les Comores par exemple ?

Peuplée par des Swahilis en provenance de Tanzanie au départ,comme les autres Iles comoriennes, Sultanat en 1470, répertoriée en 1503 par les Portugais, Mayotte est l'objet d'une rivalité meurtrière avec un autre sultanat comorien, celui d'Anjouan (ce qui est aussi une des clés de la mésentente culturelle qui demeure aujourd'hui) et avec Madagascar dont elle devient une colonie. Rachetée par la France en 1841, Mayotte devient un DOM en Mars 2011 alors que les Comores revendiquent toujours ce territoire.

 

Et un peu de géographie...et d'environnement.

Île volcanique, Mayotte possède le plus grand lagon du monde (1500km2). Composée de deux îles pricipales (Petite Terre avec l'aéroport de Dzaoudzi, et Grande terre avec la ville la plus peuplée et préfecture Mamoudzou. Plus de 235000 habitants (officiels) sur 374 km2. 

Une richesse fabuleuse de la flore et de la faune avec des spécimens endémiques.On trouve encore une dizaine de dugongs (ces mammifères marins en voie de disparition) , des makis (petits singes) des roussettes (énormes chauves souris ) et bien entendu des dauphins de races multiples, des tortues avec des sites de ponte, des requins, des baleines avec des zones de mise à bas...

En revanche une forte déforestation et des pratiques (encore aujourd'hui) de braconnage qui altèrent le devenir de cette richesse. Par exemple les tortues femelles étant braconnées sur les plages au moment de la ponte, il n'y a plus assez de femelles pour le nombre de mâles).

Et le social... 

On en vient à ce qui m'a choqué sur ce territoire. Nous sommes sur un département français et je vous assure que l'on peut en douter. 

Comment voulez vous qu'on respecte l'état lorsque l'on constate que :

- aucune mesure sérieuse n'est prise pour limiter le flux des arrivées des "illégaux" (comme en Guyanne). D'ailleurs les métropolitains ne savent pas que les morts dans ces embarcations de fortune rivalisent avec ceux plus médiatisés au large de la Libye. Mais là, c'est chez nous !

- les infrastructures ne sont pas entretenues : les canalisations d'eau sont hs, au point que depuis 2016 on assiste à une pénurie d'eau. Des projets d'usines de désalement d'eau de mer sont en cours, mais les échéances semblent bien loin par rapport aux attentes de ceux qui n'ont pas accès à l'eau.

- les infrastructures sanitaires sont insuffisantes (pour avoir la chance d'être reçu dans la journée, des patients viennent la veille) La couverture CMU n'est pas valable pour Mayotte. Le nombre de médecin est insuffisant. 

- les infrastructures scolaires sont trop faibles. Mayotte (l'éducation nationale) engage comme prof qui le veut tellement on est en manque. Un bac +2 peut être engagé à 2500€ pour débuter. 

- Les services de l'état (préfecture...) font avec, sans chercher de solutions pérennes. 

- L'insécurité est réelle : coupeurs de route (parfois par des groupes d'enfants), agressions, cambriolages... Avec des effectifs de gendarmerie qui existent mais dont on se demande quels sont leurs objectifs.

- Le code du travail ne devrait s'appliquer qu'en janvier 2018

- le "social" est géré par les "conventions collectives" un grand mot pour dire que le pilote est le Medef ...et non par le code.

- Les comportements sont encore largement entachés de pratiques "coloniales" et souvent en "toute bonne foi" .

- une grande partie des achats se font à l'extérieur (peu de production locale) et sont sujets aux aléas (pirates somaliens, météo,...). Rien n'est engagé pour favoriser l'auto suffisance alimentaire)

Je pourrai encore parler ainsi des heures de mon rapide constat. Un dernier mot : Le FN est arrivé en tête ici au premier tour.

Nous sommes assis sur une poudrière. En octobre 2011 des conflits (grèves, barrages..) ont duré plusieurs semaines. Il y a eu 2 morts. Jamais je n'en n'ai entendu parler à Paris. Depuis, rien n'est réglé. Au contraire cela empire. Alors que les moyens à mettre en oeuvre ne sont pas déments. Mais ne nous méprenons pas, si rien ne change après les élections, la violence sera peut-être la seule solution envisagée.

Je me rends compte que je n'ai pas parlé religion : la quasi totalité de la population est musulmane. Mais si les traditions religieuses sont bien présentes (la polygamie est tolérée, les citoyens peuvent choisir entre le droit religieux et le droit républicain pour les questions d'héritage par exemple, en revanche l'anecdote suivante est révélatrice : une communauté d'un village se réunissant à la mosquée reçoit des "prêcheurs" venus du Yémen. Discours radical... la communauté les chasse. Ils reviennent quelques temps après : même comportement. Comme les prêcheurs manifestent leur décision de revenir, les fidèles prèfèrent détruire leur propre mosquée pour qu'ils ne puissent y accéder... qui dit mieux ?

 

 

 

dauphins à bec

dauphins à bec

l'ancien volcan Choungui (600m)

l'ancien volcan Choungui (600m)

rue de Mamoudzou

rue de Mamoudzou

Makis

Makis

les îlots de Mayotte

les îlots de Mayotte

Partager cet article

Repost 1