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DRH mais où est ton plaisir ?  

 

En discutant ce matin avec François Geuze, nous nous posions la question suivante : les DRH ont-ils du plaisir à pratiquer cette fonction ? Nous disons bien du plaisir, pas de la fierté, ce qui déjà est un excellent signe de vitalité comme l’écrivait dans un billet, il y a quelques mois, Monsieur Stéphane Fayol…

Oui du plaisir, une forme de jouissance qui vous transporte femmes ou hommes, au-delà du pragmatisme du travail bien fait. DRH, et si on revisitait ensemble les préceptes d'Épicure ?

Né vers 341 avant Jésus-Christ, Epicure fonda en 306 à Athènes sa propre école au fronton de laquelle était inscrit : « Hôte, ici tu seras heureux : le souverain bien y est le plaisir ». Cette école n’avait pas la réputation d’être sulfureuse ni d’être un lieu de débauche. Bien au contraire, et par opposition à ce qu’en pense une majorité de gens, elle fut le lieu de la « volupté épicurienne » c’est-à-dire une école de plaisir par la tempérance et l’ascétisme. L’idée d’Epicure était la suivante : il faut se libérer des contraintes pénibles, en montrant que vigueur et détente sont compatibles avec la notion de plaisir.
Voilà pourquoi la philosophie d’Epicure est d’abord programmatique : son projet est de supprimer la douleur, et de nous combler de joie ; et son but n’est rien d’autre que de chercher le bien-être : en d’autres termes, la paix de l’âme.

Avouez que, jusque-là, on s’y retrouve. Le bien être au travail serait-il la porte ouverte vers le plaisir ? J’ai bien dit le plaisir, pas le bonheur. Nous sommes au travail ne l’oublions pas. Si notre fonction de DRH nous responsabilise à vouloir instaurer un climat de bien être au travail, pour les autres, alors pourquoi pas pour nous !

Qu’est ce qui nous empêche de ressentir ce plaisir. Comme le dit Epicure, le fait que nous ne sachions pas mettre toute notre énergie dans la résolution des taches pénibles. Pour un DRH, c’est quoi une tache pénible ? Sont ce les mêmes pour tout le monde ? J’ai bien l’impression que chacun de nous possède un curseur de pénibilité différent selon les obligations de la fonction…   Alors, reprenons depuis le début :

Les neurosciences nous enseignent qu’il y a, en fait, deux niveaux de plaisir :

le premier est lié à la satisfaction de recevoir une récompense. On pourrait appeler cela l’hédonisme. Comme il est lié à l’événement, et bien qu’il mette en œuvre l’affectivité associée, il est incertain et fugace.

Le second est certainement plus intellectuel, il prend sa source dans l’anticipation. Je sais que ce que je suis en train de faire, le moment venu, me procurera une reconnaissance, elle-même porteuse de plaisir. C’est un peu comme si je prenais un acompte sur le plaisir à venir. La voilà donc la piste à explorer ; si je suis Épicure et que je me libère avec entrain des taches pénibles, je dois y associer la reconnaissance que je vais finir par en obtenir. Une ode à l’anti procrastination… (et c’est moi qui dit ça !!!)

Mais bon, le plaisir simplement en évitant de se faire du mal, c’est peut-être un peu réducteur, non ? On est loin du point G…  Ernst Gräfenberg n’aurait jamais imaginé que son nom serait cité un jour dans un billet sur la fonction RH …

La quête du Graal sexuel est l’objet de bien des fantasmes. Mais au moins, on ne conteste plus son existence. En revanche, l’activer est une autre histoire. Il ne suffit pas de savoir qu’on en possède un. Mais s’il s’excite parfois involontairement, la répétition nécessite un certain apprentissage. D’où cette nécessité : dans mon métier de DRH qu’est-ce qui m’excite le plus ? et comment faire pour que les décharges de dopamine puissent être répétitives ?

La première erreur à éviter : vouloir reproduire de façon trop rapprochée l’expérience sur une seule action : soit le plaisir se transforme en douleur, soit on s’approche de l’addiction. Il faudra de plus en plus de sensation pour obtenir un plaisir identique.

Seconde erreur : concentrer en un temps limité toutes les taches excitantes (et déléguer les autres) … ce que les autres trouveront très injuste. Il faut alterner.

L’alternance à du bon pour valoriser ces moments de plaisir. Et si je veux être pertinent dans ma liste dont les obligations calendaires sont légions sans que je puisse avoir la main sur la planification, il suffira que j’établisse une cotation des facteurs « plaisir » de ces taches. Demain , j’ai un CE mais prévu assez court (facteur 6 sur une échelle de 10) puis une suite d’entretiens avec des candidats pour mon poste « responsable paie » ( facteur 7) puis un déjeuner avec mon DG (facteur 6 ou 7 selon son humeur) et l’après midi j’alterne le rendez vous avec ma responsable formation (facteur 8) pour trouver de nouveaux moyens de financement du plan, avec des visites impromptues à l’inspecteur Urssaf, (facteur 2) présent dans les locaux, mais que je vais soigner « affectivement » pour en être débarrassé le plus vite possible… et puis une petite visite au bureau d’études pour passer voir Michel dont j’ai appuyé la demande de mobilité (facteur 9 puisque ça fonctionne et qu’il est content). Au total, plus de raison de prendre « mon pied » que de souffrir. Il est vrai que les relations sociales, j’aime bien, le recrutement aussi ; Le travail avec Sylvie, ma responsable formation est un vrai plaisir, quant à l’Urssaf, j’ai pris la décision de préparer le terrain avec des experts et j’avance beaucoup plus serein qu’avant. Quant à la visite de Michel, c’est justement pour élever le facteur global. Et si après cette journée, j’ai encore un peu de tonus, je vais aller à la réunion des RH du secteur, où j’ai toujours plaisir à retrouver ceux qui sont devenus des amis (facteur 8) …

Mais au moins je sais ce que j’aime faire et ce que je dois faire par obligation ( et ce n'est pas honteux), et lorsque j’arrive à jongler avec ces paramètres, à connaitre mes limites, donc à savoir parfois dire non,  c’est à ce moment que je favorise réellement l’arrivée du plaisir, et que demain je serai prêt à recommencer. Surtout que si je trouve mon plaisir, je saurai aussi en donner, n'est ce pas ?

 

 

 

 

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