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Aujourd'hui, 13 juin 2018, j'étais convié à l'Institut de France, à la remise du prix Olivier Lecerf décerné comme chaque année par la Fondation O.Lecerf pour un ouvrage ou une oeuvre magnifiant le management humaniste. Cet événement organisé par l'Académie des sciences morales et politiques en partenariat avec l'Institut de l'entreprise récompensait cette année Jean-Paul Bailly, emblématique ex Pdg de la RATP, puis de La POSTE, pour un livre intitulé : Réformez ! ... par le dialogue et la confiance, aux éditions Descartes et Cie. Une originalité : une préface d'un certain Emmanuel  Macron, alors Ministre de l'économie et des finances.

Je dois dire avoir été flatté par cette invitation, ayant eu l'occasion d'apprécier le dirigeant à une époque où j'étais justement prestataire en formation management chez un client au nom de RATP. Lorsqu'il me dédicaça l'ouvrage, j'eu l'occasion de lui faire remarquer que je le remerciais de ne pas avoir porté de copyright sur sa théorie des 3 S (donner du Sens, Soutenir et Suivre) dont je me suis longtemps inspiré dans mes programmes de stage.

Avant de parler de son livre et de son discours, il y eu quelques interventions remarquées.

 

Beat Hess

Beat Hess

Une vidéo de Beat Hess, PdG du Groupe LafargeHolcim, à qui appartient la fondation (Olivier Lecerf étant un ancien Président de Lafarge) qui tenait à rappeler dans un français impeccable, que le leitmotiv d'Olivier Lecerf était de ne jamais oublier que l'homme est au centre de l'entreprise et que rien ne se fait sans lui. Les valeurs de son Groupe tiennent à assurer la continuité malgré la fusion et malgré un accroc, qui se veut rester l'exception, celui de la Syrie.

 

Sébastien Bazin

Sébastien Bazin

Puis Sébastien Bazin, PdG du Groupe Accor prend la parole pour dire que c'est Jean Paul Bailly qui arrive à le convaincre le prendre la direction du groupe hôtelier alors qu'il n'a que l'expérience de la finance. Intéressante cette intervention car il compare alors les entreprises dites "industrielles" et les GAFA... et de dire : " lorsque vous regardez les GAFA vous êtes frappés par le fait qu'elles ont toutes été créées et dirigées par des moins de 35 ans, que toutes sont parties d'une feuille blanche, que toutes ont inventé les technologies qui les servent aujourd'hui et que toutes sont dès le départ, mondialisée. " Les autres entreprises "conventionnelles" ont en majorité des patrons de plus de 55 ans, ont un héritage immobilier et social important (effectif), sont liées à des techniques qu'elles hésitent à remettre en cause...et il n'y a bien que sur la mondialisation qu'on peut à peu près les rejoindre.

Et d'en tirer la conclusion qu'il est nécessaire (voir vital) d'écouter et de permettre aux moins de 35 ans d'évoluer, beaucoup plus vite qu'avant. Mais aussi de déménager (rupture culturelle), le bureau du patron ne doit plus être le plus haut et le plus grand, et de s'attaquer aux technologies "maison" qui sont certainement dépassées. 

Autre élément : chez Accord, première rupture qui est l'arrivée des nouveaux entrants de la réservation en ligne, puis nouvelle attaque avec RB&B, puis le paiement en ligne... à chaque fois il a fallu trouver non seulement des parades mais des nouvelles façons de satisfaire les clients. Et tout cela n'est possible qu'avec les collaborateurs et collaboratrices. D'autant que les nouvelles disruptions s'enchaînent non plus tous les 3 ans mais tous les 6 mois...

 

Marcel Grignard

Marcel Grignard

C'est au tour de Marcel Grignard, ancien secrétaire adjoint de la CFDT, de tirer les enseignements des "méthodes Bailly" pour imaginer que le temps est venu de fédérer les entreprises européennes par une "approche" d'un capitalisme humaniste. Entre le capitalisme dirigiste chinois et le capitalisme ultra libéral US, il y a selon lui, une place de choix pour une entreprise qui puisse se développer, garantir la satisfaction de toutes les parties prenantes, et être compétitive par l'engagement des salariés qui seront écoutés, respectés et avec qui on co-construira l'avenir.

Jean Paul Bailly

Jean Paul Bailly

Puis c'est la remise du prix par Jean-Robert Pitte, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques.

En réponse, Jean Claude Bailly va développer les idées qu'il défend depuis des années et qui font le contenu de son livre.

Pour réformer une entreprise il faut être le maître des horloges. Il faut savoir jouer avec la durée (continuité et persévérance) et faire les choses dans le bon ordre en sachant anticiper. Ainsi lorsqu'il décide de la réalisation de la ligne 14, dans une société hyper syndicalisée avec la culture du conflit, il répond ainsi aux partenaires sociaux :

- Pour un dossier aussi crucial, c'est le ministre qui doit négocier

- Non

- Alors vous Monsieur le Président

- Non

- Alors le Directeur du Métro

- Non

- Mais qui alors ?

- Le futur directeur de la ligne 14

Lui aussi avait été nommé plus de deux ans à l'avance.

Anticiper, c'est aussi prendre tout le monde de court et avoir la main.

Jean Paul Bailly

Jean Paul Bailly

Manager c'est aussi donner le sens et la vision, savoir partager le diagnostic et une ambition stratégique, construire des projets par la co-construction, et les mettre en oeuvre par la responsabilité. C'est là que la philosophie des 3 S prend sa place. La conduite du changement, inévitable puisque le monde change, ne peut se faire que par le dialogue et la négociation.  

Tout au long de cette matinée, le dialogue était le "mot" fort. Mais comme le rappelaient la plupart des intervenants, dialoguer veut dire qu'on ne vient pas avec des idées toutes faites, pour convaincre son interlocuteur, sinon, le résultat c'est la SNCF... en revanche trouver un consensus sur un diagnostic et imaginer ensemble les meilleures façons de réussir, ça c'est du dialogue...ce qui n'exclue aucune fermeté sur le non négociable.

En conclusion, il serait utile que de nombreux dirigeants d'entreprise s'inspirent de ces méthodes (non de ses solutions, puisque JP Bailly le reconnait lui même, aucune entreprise ne se ressemble, mais les méthodes peuvent être les mêmes) et pourquoi pas des "politiques" engagés dans des réformes indispensables, eux aussi.

Une remise de prix à un "grand" patron...
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