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On va encore dire que j'exagère ? Oui, c'est vrai. Sauf que...

Vous allez lire l'excellent travail de Martin Richer publié fin juin dernier, en lien plus bas. Il décrit d'une façon parfaitement crédible le futur du travail dans les années qui viennent, et j'adhère le plus souvent. Le propos de ce billet est d'appuyer là où ça risque de faire mal, d'identifier les pièges et les effets pervers. Maintenant, libre à nous de nous laisser conduire vers ce "demain". J'ai bien dit "laisser conduire", car je doute fortement que nous y soyons "acteur" comme on aimerait nous le faire croire. L'abandon éventuel du lien de subordination permettrait de passer une nouvelle étape, celle de l'esclavage consenti. 

- La parcellisation des emplois. 

Ce n'est un secret pour personne, les CDI mais même les CDD deviennent trop lourds, pas assez agiles pour faire face aux conjonctures "éclairs" . Donc, employer une compétence à l'instant T pour une durée variable laisse entendre que la compétence en question va devoir trouver d'autres clients, à d'autres moments... et pourquoi pas, dans certains cas, en même temps. Que l'on soit diplômés ou non, les salariés d'aujourd'hui risquent d'être contraints à rejoindre un statut de "travailleur indépendant" pour pouvoir se "vendre" à des acheteurs qui feront leur marché en permanence. J'ai bien dit "contraints" car peu d'entre-eux en ferait leur choix s'ils avaient la possibilité. Acteur forcé, forcé de tenir ses plannings, ses comptes.. je suis prêt à parier que les "agences", les "centrales" de tout poil, en feront  ( font déjà) leur business... "toi tu bosses, nous on s'occupe des comptes..."  moyennant 40, 50%, ou plus de ce que donneront les employeurs

N'est pas entrepreneur qui veut... exemple, les personnes qui arrivent au bout du chômage et qui décident de se mettre à leur compte (comme les anciens DRH qui veulent devenir consultant ?) non parce qu'elles le veulent, mais parce qu’il n'y a pas d'alternative. On oublie souvent que pour être "libéral" il faut cumuler l'administratif, le technique et ... le commercial. Combien de très bons techniciens devenus consultants s'écroulent rapidement parce que la vente n'est pas leur 'truc". Or, se laisser "acheter" pour ses compétences techniques par un employeur qui te salarie, n'a rien à voir avec "vendre" ses compétences, avec la mise en concurrence  permanente et la négociation des tarifs qui s'en suit... 

- Le grand marché

Comme en son temps en bord de Seine, les travailleurs venaient se faire embaucher pour la journée, pour une heure, pour une semaine... ce lieu parisien : la gréve. Vous me voyez venir ? Si ce nom est devenu celui de la manifestation du mécontentement alors qu'il aurait du être celui de l'emploi, c'est une question de balance, d'équilibre. Il n'y a pas si longtemps, c'était encore le cas des "journaliers" qui attendaient près des chantiers pour le BTP ou près des usines pour l'Industrie. Plus il reste de personnes sur le "carreau" (les mines) , et plus la tension est forte. Or, quoiqu'on en dise, l'automatisation va réduire le nombre d'emplois d'une façon terrible, au moins dans un premier temps, (chez les qualifiés comme chez les non qualifiés) et même s'ils deviennent "acteurs" ils vont voir les opportunités se réduire, La "compétence" commerciale va devenir rapidement l'élément clé. On sait que ce n'est pas la force d'une bonne partie des métiers (administratifs, logistiques, techniques...). Imaginer se laisser faire ou abuser par de "bons commerciaux" n'aura qu'un temps pour les "acheteurs" qui vont donc se comporter comme tel et ne plus faire "confiance" au discours mais aux "tests"... "Montre moi tes dents, tes muscles..."  Effectivement, le lien de subordination risque de disparaître, mais avec lui les contre-parties.En échange de cette subordination, j'ai droit au salaire, aux avantages, à la QVT... Pas certain que dans une nouvelle forme de "contractualisation" tout le monde soit gagnant.

- et si l'emploi n'était qu'une des facettes de notre allégeance ?

Ne plus avoir le choix, tel pourrait être notre destin. Car ce qui nous attend en matière d'emploi n'est certainement que la copie de ce qui nous attend comme consommateur, et peut être comme citoyen. Les Gafa(s) sont en train de nous préparer un avenir radieux où l'on vous permettra d'opter pour du "tout compris" (incluant le choix des achats alimentaires, culturels...) et ça ne semble déranger personne. Le rôle des magasins de proximité ressemble de plus en plus à des lieux de dépôts. La marginalisation de ceux qui ne voudront pas entrer dans le moule est certainement pour demain. Quant aux citoyens, qu'importe les élections lorsqu'elles deviennent simple alibi et lorsque la tentation est grande de les refaire lorsque le résultat n'est pas celui escompté. 

Il y a quelques temps un ami DRH me disait qu'il n'était pas utile d'aller à contre courant. Qu'on ne pouvait pas arrêter ces transformations, en d'autre terme qu'il ne fallait pas désespérer "Billancourt" (les anciens comprendront) même si on pouvait avoir des doutes sur les motivations de ces bouleversements. .. Faut-il être un empêcheur de tourner en rond, un vestige de l'ancien monde, et se faire accuser de pessimisme contre productif ?  J'aimerais simplement que l'on  garde un peu de sens critique, qu'on ne "gobe" pas toutes les prospectives angélistes qui ne sont que des emballages marketés et qu'on se pose la question de savoir quelle société nous voulons vraiment pour être réellement acteur de notre devenir. Qui a le droit de nous imposer un demain qui ne nous plairait pas ? 

Ceci dit, merci Martin pour ton analyse et tes éclaircissements qui participent à cette urgence de réflexion...

 

 

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