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LA  CHASSE AUX ZÈBRES EST OUVERTE...

par François Geuze

 

 

 

Nous vivons dans un monde pétri d’injonctions paradoxales, victime de modes managériales, amplifiées par les réseaux sociaux et les combats que les uns ou les autres s’arrogent pour des raisons plus ou moins nobles. 

Parmi les lubies du moment, les zèbres, les atypiques, les neuro-typiques ou quel que soit le nom par lequel vous voulez désigner (stigmatiser ?) des personnes différentes. Alors voilà, entreprise mon amie, toi qui est à la recherche d’une performance hors norme, tu dois apprendre à gérer ces personnalités particulières, les découvrir. Il te faut les manager différemment, prendre en compte leur spécificités pour bien les exploiter utiliser. La belle affaire …

Réflexions pratiques …

Ces zèbres, surdoués ou quel que soit le sobriquet dont vous désirez les affubler posent quand même quelques problèmes, un Zèbre selon Jeanne Siaud-Facchin (qui a semble-t-il inventé/popularisé le terme) se fond dans le paysage donc :

  • Vous les identifiez comment ?  Vous faites passer un test de QI à l’entrée ? Vous « testez » chacun de vos collaborateurs ? car sans dépistage ce n'est qu'une impression ou simplement le reflet d'un fonctionnement différent du votre
  • Au-delà de combien vous informez le ban et l’arrière ban du fait qu’il y a un atypique dans l’équipe ? car si il nous faut les gérer et les manager différemment le caractère atypique de la personne ne peut pas rester enfermé dans le bureau du psychologue.
  • Par la suite, vous leur faites porter un petit signe distinctif sur la blouse, le bleu de travail, au niveau du carré de l’open-space ou à l’entrée du bureau ? Je vous propose un petit triangle vert avec les trois lettre HPI en blanc à l’intérieur si vous voulez, écriture gothique bien entendu.
  • Vous préparez comment les managers, pauvres hères qui plafonnent tout juste à 100/110, à l’arrivée d’un super-calculateur sur pattes précédé de son aura d’atypique ?
  • Enfin, questions fondamentales, un con qui marche va-t-il plus loin qu’un génie qui reste assis ? et le fait d’avoir un haut QI empeche-t-il d’être un.e con.ne ?

Réflexions énervées …

Nombre de personnes parlent à tort et à travers de ces sujets, ne serait-ce que pour se positionner eux-mêmes dans ces catégories qui rappelons le, concernant le QI, n’est qu’une logique de répartition selon un certain nombre de critères pour évaluer un certain type d’intelligence. C’est incroyable le nombre de personnes sur les réseaux sociaux qui sont à la moyenne plus deux fois l’écart type (qualification de surdoué), la courbe de gauss doit ressembler à un dromadaire…

L’on nous décrit ces atypiques (mais bon dieu on est tous différents donc atypiques !) comme sensibles, etc… Peut-être… je ne suis pas psychologue ou psychiatre (comme la quasi-totalité des coaches qui travaillent sur ce sujet), mais déduire que ces atypiques sont plus sensibles sur la base d’observation faites en cabinet comme on le remarque dans de nombreux articles sur le sujet relève d’une généralisation outrancière. C’est comme si en me rendant dans la salle d’attente d’un médecin j’en déduisait que toute la population française est malade. Cela s’appelle un biais d’échantillon. On lira à cet effet l’intéressant article « la légende noire des surdoués » : https://www.larecherche.fr/la-légende-noire-des-surdouésde Nicolas Gauvrit et Franck Ramus, chercheurs en psychologie

Réflexions sérieuses … 

Enfin, l’on nous présente généralement cette volonté d’identifier et de gérer différemment ces atypiques avec moult explications usant et abusant d’ambitions bienveillantes. Mais n’est-ce pas justement l’inverse que l’on est en train de mettre en place avec ce type de pratiques ? 

  • L’atypique, a-t-il envie d’être pointé du doigt ? Ou au contraire n’a-t-il pas envie d’une vie professionnelle normale ? en gros et passez-moi l’expression « foutez moi la paix » 
  • En cas d’échec dans un projet ou sur une tâche quelconque, l’atypique aura-t-il le même droit à l’erreur que les autres ? « Pourtant, toi qui es si intelligent, tu aurais bien du t’en apercevoir … »
  • Face à des situations complexes ou nécessitant l’innovation ne risque-t-il pas d’être sur-sollicité ? et à contrario ses collègues relégués à des tâches subalternes ou ne leur permettant pas de montrer qu’ils sont eux aussi compétences et capacités ? en définitive, en mettant tous les œufs/projets dans le même panier n’est-ce pas un appauvrissement du collectif qui se met en marche ?

Risques de discriminations, biais cognitifs, problèmes de management des individus et des équipes, raccourcis imbéciles. Est-il en définitive bien raisonnable de « fliquer » ces personnes ? ou au contraire ne faut-il pas considérer que tous les collaborateurs et collaboratrices sont différents, avec leurs expertises, leurs modes de fonctionnement et que c’est dans la combinaison des forces de chacun et dans la recherche de l’enrichissement des compétences de chacun grâce au groupe que réside la force d’un collectif. A l’individu atypique, je préfère une équipe atypique, composée d’Hommes et de Femmes, tous différents, mais partageant un certain nombre d’objectifs communs et développant ensemble une véritable intelligence collective.

       François GEUZE    Francois Geuze

Innovateur RH - Le Digital au service des RH - Auditeur Social ............. HR FiabLab - e-Consulting RH et Rédacteur adjoint du MagRh.
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