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Le 12 juin l'auditorium du Pavillon de l'eau fait salle comble (obligé d'ajouter des chaises) pour l'ouverture de la session du Tribunal des Flagrants Délires RH qui met en accusation la QVT.

Nous vous présentons aujourd'hui en exclusivité la plaidoirie exceptionnelle de Patrick Bouvard avant de pouvoir vous proposer (très bientôt)la vidéo complète de l'événement. 

 

 

 

La défense de la QVT

Par Patrick Bouvard, Rédacteur en chef de RH info, le Média RH d’ADP

 

Amis de la vie, du travail… et de l’utopie, bonsoir !

Qu’est-ce que j’entends ?! Non mais qu’est-ce que j’entends ?! De quoi est-ce qu’on accuse-t-on la « QVT » ?!

Bon, pour approcher les choses par « l’expérience avocat », je me suis d’abord penché sur la question de la Qualité de Vie au Travail… de cette Cour ! Hum ! Y a des problèmes…

Ben oui ! Vous comprenez, quand on s’appelle Geuze, fatalement on tord le nez devant la cervoise. Alors voilà, il influence en douce le Président, qui du coup tolère ses Kwak (Célèbre marque de bière) ! Et ce n’est pas peu dire : vous avez vous-mêmes entendu le pétillant réquisitoire du lillois flamand – rose – de service ! Je ne vous dis pas la pression pour moi ! Néanmoins je résiste ! Je vous le confie, Mesdames et Messieurs les Jurés, pendant que le Procureur et le Président se livrent coupablement à la mou’sssse… la défense n’est tout de même pas là juste pour tenir le barreau ?!

Mesdames et Messieurs les Jurés, ce que je veux signifier par cette sobre confession introductive… c’est que pour parler de Qualité de Vie au Travail, nous devons commencer par nous rappeler que travailler ensemble, c’est de fait un certain vivre ensemble. Dès lors, la qualité d’un minimum de convivialité et de savoir-vivre s’impose ! Bon, nous, on a de la bouteille… on fait pack… et à la pesée croyez-moi…

Avez-vous remarqué une chose : « Être bien au travail »… cela peut s’accentuer de deux façons : « être bien » au travail… et être « bien au travail ». Hé bien voyez-vous, la QVT me semble prendre tout son sens lorsque ces deux accentuations deviennent indissociables l’une de l’autre : être vraiment dans son travail parce qu’on y est bien ET être bien parce qu’on est vraiment dans son travail. Ça en dit déjà long, vous ne trouvez pas ?

Alors en effet, n’allons pas confondre cette perspective désirable avec un impératif de “bonheur” pour tous dans l’entreprise ! Un bonheur “corporate” ! Sérieusement, imaginez-vous que l’on vous demande désormais de faire le bonheur de vos collaborateurs ? Sans compter que le bonheur de l’un… n’est pas forcément celui de l’autre ! Quelle règle adopter ? Hein ? Georges Bernard Shaw nous avait prévenu : « Ne faites pas aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent : il se peut qu’ils n’aient pas les mêmes goûts ». Il est rejoint dans son élégance par le Procureur, qui a un vrai génie de l’à-peu-près – Ha si ! Si ! Il faut lui reconnaître ça ! –  : « Tu vois Patrick, avec le bonheur au travail, “y a une papouille dans le potage”. »… Effectivement… Non !... Ça ne va pas, ça !

Je vous en prie Mesdames et Messieurs les Jurés : on n’est pas là pour rigoler !

La Qualité de Vie au Travail a pour objectif de concilier l’amélioration des conditions de travail des salariés dans leur diversité… ET… la performance collective de l’entreprise. Ainsi la fonction RH travaille-t-elle à mettre en œuvre cet objectif, en offrant aux collaborateurs une palette de services très variés, censés stimuler en retour leur fidélité et leur engagement, via une expérience de qualité. Voilà ! Grosso modo ce qu’on a appelé depuis 30 ans : « remettre l’homme au cœur de l’entreprise » !

Au risque de choquer, Mesdames et Messieurs, je pense que la vocation « originelle » de la fonction Ressources Humaines n’est pas du tout de s’occuper de « l’humanité » de ses ressources organiques bipèdes ; n’en déplaise à certaines âmes RH sensibles, qui ont autant compris ce qu’était le libéralisme, n’est-ce pas, que le Père Lustucru avait compris le stalinisme !

Mais force est de constater qu’il y a aujourd’hui autre chose qui pointe ! Et pas que sous la robe austère de la justice qui nimbe le Procureur, sous laquelle vous pourrez observer… si vous êtes patient… non, vaut mieux pas savoir !

Force est de constater, en effet, que la nature de la situation évolue, sous la montée en force :

  • De l’exigence croissante du triptyque « confiance-autonomie-responsabilité », et par conséquent de la restauration des fondamentaux du management… et surtout de ses conditions clés.
  • Du développement des communautés professionnelles, entrainant un véritable déplacement de la notion « d’appartenance ».
  • De la transformation de la valeur même du travail, enfin, dans un contexte où nombre de tâches sont probablement destinées à être automatisées dans des fonctions très variées de l’entreprise.

Alors ! Que devient la QVT, dans cette perspective ? L’enquête RH info-ADP sur les grandes tendances d’évolution du monde du travail, nous a rappelé un élément crucial : à la question « Quel est pour vous le véritable objet de la QVT », alors que 16% avaient choisi : « l’amélioration de l’environnement et des conditions de travail » plus de 50 % des répondants ont affirmé : « recréer le sens du collectif et le plaisir de travailler ensemble ». Significatif, non ?

Ne vous y trompez pas, Mesdames et Messieurs les Jurés, l’évolution en cours est majeure, malgré les élucubrations jaculatoires et les ronds de jambes du ballet flamand des Hauts de France, gavé de carbonade et de potch’ que sa tata Frida lui ramène des surplus des baraques dissidentes du Plat Pays, à cheval sur une brêle pétaradante !

L’évolution en cours est majeure, disais-je – avant d’être interrompu par mes pensées sur le Procureur – car nous voici amenés à parler, sous l’acronyme de “QVT”, non plus de Qualité de Vie “AU” travail… mais de Qualité de Vie “DANS” le travail.

Voilà un enjeu de qualité : faire du travail autre chose que le tripalium, un instrument de torture ; étymologie partielle et partiale dont on nous rabat masturbativement les oreilles jusqu’à ce que surdité s’ensuive ! Car le travail c’est aussi l’Opus, c’est à dire l’œuvre, le bel ouvrage, le projet qui donne sens ! Saint Exupéry l’exprimait ainsi : "La grandeur d'un métier est peut-être avant tout d'unir les hommes (…) il n'y a qu'un luxe véritable et c'est celui des relations humaines. (…) Fais leur bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères. Mais si tu veux qu'ils se haïssent, jette-leur du grain."

  • Avec la Qualité de Vie « AU » Travail, c’est « la manière » dont nous faisons qui a de l’importance, et par conséquent les conditions et notre environnement de travail.
  • Avec la Qualité de Vie « DANS » le Travail, c’est ce « pourquoi » nous faisons, et donc ce que nous sommes, qui importe. Digitalisation ou pas, d’ailleurs ! Le lien de subordination devient alors moins arbitraire, au profit d’un lien social renouvelé.

Il est vrai que cela représente un sacré changement de culture managériale dans notre vieux pays féodal ! André Malraux avait trouvé à ce propos la bonne formule : « Être roi est idiot ! Ce qui compte, c’est de faire un royaume ! » La qualité de notre vie, comme celle de notre travail ne repose-t-elle pas finalement, Mesdames et Messieurs les Jurés, sur cette notion fondamentale de souci partagé du Bien Commun ? Autrement dit : Il ne s’agit plus de “remettre l’homme au cœur de l’entreprise”, mais bien plutôt de mettre l’entreprise dans le cœur de l’homme !

Nous n’aurons alors même plus à nous poser la question superfétatoire de « l’engagement » ! Enfin ! Avez déjà vu sur un contrat de travail : « Madame X ou Monsieur Y s’engage… à être engagé dans son travail » ? Ce n’est pas un terme contractuel, ça ! Être engagé – au sens d’impliqué – n’est pas, formellement, un acte de salarié : c’est un acte humain ! L’acte d’un sujet personnel ! On ne s’est pas posé la question pendant des décennies parce que l’on pensait que s’était spontané ; que les salariés se trouvaient, par nature, être des personnes, qui – à l’instar des sardines – se démerdaient pour trouver leur place dans une boite. Les consultants et les gourous, jamais en mal de concepts « innovants », avaient même théorisé la « QFSB » ! La QFSB… La « Qualité du Formatage des Sardines dans la Boite » !

Seulement voilà : l’individualisation à outrance a créé un divorce entre le salarié – de plus en plus mercenaire – et la personne. Dans des entreprises où il s’agit désormais de capter par tous les moyens l’attention de talents sollicités de toutes part, les personnes ont développé, elles, un besoin croissant de reconnaissance.

Comprenez bien : le problème de l’engagement est devenu cornélien, parce que ce ne peut être que l’acte d’une personne... qui ne se reconnait plus dans le salarié… et peut-être même non plus dans le citoyen, d’ailleurs ; or nous n’avons qu’une vie !

Surmonter cette schizophrénie est devenu un des enjeux RH majeur, tout comme c’est devenu une question politique épineuse ! On peut appeler cela « redonner du sens », si vous voulez. Mais la voilà bien, la vraie question de la Qualité de Vie AU et DANS le Travail, pour les temps qui s’annoncent : comment réussir à mettre l’entreprise, leur entreprise, dans le cœur de celles et ceux qui y travaillent ?

Les promesses du marketing RH et des expériences machins en tous genres sont vaines… si elles négligent cette réalité très prosaïque : la révolte des sardines ! L’homme est ainsi fait : il ne suffit pas de satisfaire ses besoins pour qu’il se dépasse. Non ! En revanche, nous portons tous le désir fondamental d’être reconnu, regardé(e)s pour nous-mêmes, et pas seulement pour le moyen instrumental et interchangeable, voire négligeable, que nous représentons désormais dans bien des cas.

Voilà pourquoi je pense que les DRH sont les plus à-même de piloter l’avenir de nos entreprises. Nul robot, nul financier, nul “chief digital Officer“ ne remplaceront jamais ceux qui seront en mesure de créer les conditions du Bien Commun qui se dissimule aujourd’hui sous cette dénomination de « Qualité de Vie au Travail ».

Alors si je suis évidemment d’accord pour être sans concession avec les impostures en tous genres et à surveiller de près les dérives possibles –voilà bien une obsession de Procureur, tiens ! –, je vous demande en revanche, Mesdames et Messieurs les Jurés, d’acquitter sur le fond la QVT, cette Qualité de Vie DANS le Travail, afin de rendre nos journées et notre avenir plus constructifs et plus sensés ; c’est aussi le plus grand intérêt de nos entreprises ! Réfléchissez-y bien, avant de rendre votre verdict !

Allons donc de l’avant ! Et par pitié, ne nous attardons pas plus longtemps sur les exagérations marseillaises du Rougeot de Lille !

La plaidoirie de Maître Bouvard au TDFDRH : Mise en accusation la QVT
La plaidoirie de Maître Bouvard au TDFDRH : Mise en accusation la QVT
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