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On se raconte des histoires et ça fait mal !

 

Depuis des lustres, avec quelques amis de l’écosystème RH, nous tentons de faire comprendre aux confrères que l’uberisation de l’emploi est une fake news et une mauvaise tendance. Pourquoi et comment accepter ce paradoxe…

  • Une fake news : que ce soit aux USA ou en Europe, il n’y a jais eu moins de « travailleurs indépendants » aujourd’hui. Et la presse ou quelques « gourous » qui n’arrêtent pas d’annoncer la fin du travail salarié ! C’est sans compter sur les arrêts massifs de « compagnons tacherons » ou de journaliers agricoles. Le focus sur les « jobs » informatiques ou liés aux plateformes ne comble pas la différence. Je sais, il y a quelques années, des "indépendants" ont fait fortune... De quelques Agents d’Assurance à des VRP dont la rémunération dépassait celle du DG (j'en ai connu), en passant par ces garçons de café d'établissements élyséens payés au pourboire et qui revendaient leur "charge",  ces "indépendants" étaient assimilables à de réels chefs d'entreprise et avaient choisi délibérément  leur statut. Aucune obligation.
  • Une mauvaise tendance : elle ne date pas d’aujourd’hui. Le conseil des « pôles emploi », de certains « outplaceurs », de l’APEC même, donné aux cadres demandeurs d’emploi en déshérence était (depuis les années 80), « vous allez avoir du mal à trouver, créez votre boîte ». Puis boosté par le statut d’autoentrepreneur, le « système » envoyait des milliers de gens au « casse-pipe ». Ils n’étaient pas faits pour ça, même s'ils y croyaient !  Il n’empêche que le sentiment journalistique faussé du raz de marée, et le lobbying des adeptes du « tout libéral » possèdent maintenant un allié inattendu : NOUS !

Une de mes relations proche me disait il y a peu, que lors de la création des voitures Uber, bon nombre de « maman » trouvaient bien sécurisant de faire rentrer les enfants de soirées par ce moyen (en plus , pas cher et en belle voiture – ce qui en « jetait » vis-à-vis des voisins). Ces dames urbaines n’avaient aucune idée de la « position » ou du statut du chauffeur. La consommatrice s’en fichait du moment que le chauffeur était courtois et poli et qu’il ne risquait pas de violer fifille.

Aujourd’hui lorsque vous commandez une pizza ou un plat préparé pour 22h et que le livreur « Deliveroo » arrive à 22h15 vous râlez, et parfois plus… Nous sommes devenus des consommateurs aux exigences folles qui nous font croire que… » c’est nous le patron ! En attendant, quelles en sont les conséquences.

  • Création d’une classe de travailleurs exploités de plus en plus à la baisse. Les plateformes en rajoutent tous les jours en baisse de tarif pour rester compétitives (elles perdent presque toutes de l’argent) Mais pas que les plateformes… chez les cadres prestataires aussi. Les cabinets conseils, les organismes de formation, les écoles, et autres structures, qui veulent garder leurs marges en face d’un marché à la baisse transfèrent leurs contrats non à des salariés maison, mais à des soustraitants auto-entrepreneurs qui feront leur les charges sociales et mettront le niveau de leurs honoraires en adéquation avec le niveau exigé par le donneur d’ordre. La qualité de la prestation est secondaire (elle est souvent elle aussi à la baisse), mais surtout quid de l’éthique ? Le prestataire en question n’a souvent pas le choix, il subit !
  • Un corps social éclaté… Dans la même entreprise la cohabitation entre salariés et indépendants tourne parfois à l’affrontement « tacite » … Moi, salarié, je sais que je peux être remplacé par un « externe » et moi « externe », je dois m’appliquer et peut-être même jouer des coudes si je veux qu’on me fasse une proposition de salariat…
  • Des déviances possibles… du contournement des lois (ce qui plait bien aux tenants du « tout libéral ») à la fraude pénale (les scandales des locations de « statut » à des migrants sans papier par des « indépendants » sans moralité…
  • Une responsabilité entrepreneuriale du « donneur d’ordre » quasi absente : pas de formation (qu’ils se débrouillent avec leur CPF), pas de visite médicale, pas de prévoyance, pas de retraite, pas de compromis sur l’organisation du temps puisque tu ne travailles pas, tu n’es pas payé. En revanche tu dois dignement nous représenter. Le donnant/donnant est un leurre.
  • Des fournisseurs qui tirent la langue
  • Des partenaires sociaux qui hésitent… prendre le train en marche, se comporter comme un syndicat de « patrons », lutter pour une égalité de traitement, mais … accepter cet état de fait.

 

 

Une opportunité :

En travaillant ces derniers mois sur le numéro à sortir début novembre du MagRh et dont le dossier central est consacré à la RSE, il me vient une idée… et si le meilleur rempart à cette tendance ridicule était de la limiter voire l’annuler par la RSE.

On peut être d’accord ou non d’une façon globale avec Jacques Attali, mais on ne peut contester son diagnostic : nous sommes arrivés à un moment de l’histoire où la liberté de marché d’un côté et la liberté citoyenne (démocratie) de l’autre donnent des signes de fin de vie. La liberté de marché est contrecarrée par les attentes des consommateurs (écologie, morale…) mais cette situation ravive en réaction l’ultralibéralisme (les GAFA et autres plateformes), et la démocratie n’est pas loin de vaciller sous les coups de boutoirs du populisme et de l’individualisme… En revanche, les entreprises sont sollicitées par les états, par l’ONU, par les ONG pour participer activement à la « durabilité » et elles trouvent leur compte à choisir de satisfaire « qualitativement » leurs clients. Sauf quelques entreprises organisées en silos et qui veulent singer les GAFA se précipitent sur les mirages de la prédominance de l’organisation sur les clients et sur les salariés. Cela signifie que nos alliés sont les entreprises à travers leur engagement sociétal.

Donc à nous et à l’écosystème RH de mettre à l’index ces pratiques qui semblent si simples mais qui ne sont que déviance d’un système économique à bout de souffle qui cherche le salut dans l’entreprise sans salarié. Ce n’est même plus une question de cœur de métier… c’est un métier sans cœur.

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