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J'ai toujours eu beaucoup de réserve pour cette ritualisation des applaudissements journaliers. Beaucoup d'hypocrisie, on se fait plaisir soi-même en étant intégré dans une solidarité fictive, un peu comme des spectateurs de match de foot... une marque "populiste" en quelque sorte... 

C'est pourquoi le billet de François Geuze que je reproduis maintenant me semble être totalement la piste à suivre... une reconnaissance, oui, mais qui puisse changer la situation des soignants et de l'hôpital.

"Je me suis bien gardé de parler du coronavirus et notamment car j'ai pour principe de ne pas tirer sur l'ambulance et de réserver mes piques à ceux ayant les capacités de répondre ou ceux qui comme la souris du chat me procurent une satisfaction béate à venir titiller l'indigence de leur réflexion (coucou les CHO). Mais ce soir, après une longue période de sevrage (pas de télévision ou de radio), à 20h j'ai entendu pendant 2 minutes ceux qui causent dans le poste dire merci aux soignants et médecins (il y manque plein de corps de métier les médico-tech, les administratifs, le personnel technique car un hôpital c'est plus de 90 métiers généralement) et je me suis remémoré une histoire de famille. Vous savez celle que votre père vous dit et que vous écoutez d'une oreille distraite ... je vais vous la raconter et remettez la ensuite dans notre contexte d'applaudissement ...
 
C'est au lendemain de la guerre (la seconde, la vraie) la France est en ruine, les tickets de rationnement ont toujours cours, il faut lancer la reconstruction. Mon grand père Ingénieur Général de la sidérurgie Française (ça rigole pas), industriel, chercheur et inventeur (cf Traité de laminage du fer et de l'acier) est sollicité par le patron d'une très grande société américaine spécialisée dans la construction de matériel de chantier, bulldozers et consorts leader sur son marché comme on dirait aujourd'hui. Comment obtenir des tôles pour construire les engins sans lesquels on ne peut pas reconstruire... Faisant jouer son réseau Léon trouve des lots de tôles adéquats. La fabrication des engins allait donc pouvoir commencer.
 
Quelques semaines plus tard, Léon reçoit une charmante lettre, le remerciant de tout ce qu'il a fait, la grandeur de la France, l'esprit d'initiative et tout ça... Mais ni une, ni deux (mon mauvais fond doit être génétique) il lui renvoie la lettre avec la mention manuscrite "J'ai montré votre lettre à mon boucher, il n'a pas voulu me l'échanger contre de la viande pour mes enfants. Léon Geuze".
 
Enfin n'oubliez pas "L'applaudissement, c'est jamais qu'une manifestation tout à fait instinctive du système nerveux cérébro-spinal, par laquelle le chimpanzé ou la ménagère manifestent leur joie frénétique incontrôlée, à la vue d'une banane, ou de Julio Iglesias." (Pierre Desproges). Plus sérieusement, et c'est l'ancien cadre de direction hospitalier qui s'exprime nous ne pouvons nous satisfaire d'applaudissement, de médailles, de vagues promesses ... Car même si l'Hôpital à gagné une bataille, nous n'avons pas encore gagné la guerre."
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