Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

La question qui revient en permanence : comment faire pour que les RH soient reconnus comme de vrais Business Partners…

Mauvaise question !

Je me tue à tenter d’expliquer que les DRH ne sont pas au service de… mais sont DANS le business. D’ailleurs, et je ne pense pas que ma mémoire me joue des tours, les RH il y a quelques décennies étaient effectivement dans le business. Je me souviens avoir été à l’initiative, moi le RH, d’un rapprochement d’entreprise puis d’un rachat, d’avoir discuté des perspectives de promotions de produits, et des conséquences sur l’organisation des effectifs, d’avoir été associé à la stratégie de contournement l’un concurrent, lors d’une réunion quasi clandestine consécutive à une réunion de branche etc. mais c’était… avant…

Avant que Dave Ulrich ne rende universelle, cette injonction de business partner (jusqu’à se rétracter il y a quelques années : j’étais à Montréal lorsqu’il le fit lors d’un colloque international des RH) , mais aussi avant deux événements majeurs : la féminisation de la fonction d’une part, et la psychologisation de l’environnement de la pensée rh d’autre part.

J’entends déjà les insultes en provenance d’un féminisme bienpensant. J’ai longuement hésité avant d’écrire ces phrases, mais – après tout – si on me fait la courtoisie de lire mes mots et uniquement mes mots, sans procès d’intention, allons nous trouver un terrain d’entente.

Donc, nous étions dans une logique d’intégration de la fonction RH à la réflexion stratégique et au business, lorsque des cohortes féminines ont bouleversé la cartographie de la planète RH. Or, les Présidents et DG divers qui eux, étaient restés majoritairement masculins, avec les réflexes machistes endémiques et qui identifient les femmes cadres à des postures d’assistantes, ont vite fait machine arrière. Et sans qu’on y prête garde, la dynamique d’intégration s’est cassée net. Du coup nous nous sommes leurrés d’observer la montée en puissance (heu, non, la montée en nombre) des RH femmes au CAC40…alors qu’en même temps, un article que je commettais pour la revue Personnel reposant sur l’interview d’une de ces DRH, lui faisait dire que son objectif stratégique de l’année suivante allait être de favoriser l’alternance. Objectif louable en soi, mais était-ce à la hauteur de la stratégie d’un groupe international ?

Et puis, pratiquement dans la foulée, avec ou non une relation de cause à effet, l’arrivée en masse d’une psychoniaiserie fondamentale : bonheur au travail, coaching bienveillant, et autre nounours en gélatine. Les Présidents et DG sus-cités eurent à la fois beau jeu de les laisser faire… pendant ce temps elles n’encombraient pas les couloirs du Codir, et d’autre part elles donnaient des armes aux autres, les sérieux, les business men, qui pouvaient alors argumenter qu’il fallait museler cette fonction désormais hors de crédibilité.

Ainsi, on les « laisse jouer » tout en s’assurant qu’elles seront les premières à recevoir les coups en cas de crise majeure. De bonnes petites assistantes…

Et on en revient au business partner… au service de !

Certaines l’ont bien compris et il est vrai que parfois la crise sanitaire a été utile. Être en première ligne a donné des idées aux plus lucides et elles ont « osé » s’imposer en toute égalité dans les décisions du Codir. Elles s’associait parfois sans y être invitées. Elles ont pris le pouvoir…et c’est tant mieux. Reste qu’il faut y associer quelques compétences indispensables : la capacité à quantifier, à ne pas éluder les questions de « capital » , à posséder une curiosité intellectuelle à toute épreuve, à mettre en adéquation l’humanisme indispensable et la clairvoyance économique… et là, je crains que l’enseignement ne suive pas pour les impétrantes et en particulier pour toutes celles qui dérivent vers la fonction RH par défaut (et elles sont nombreuses à vouloir quitter des filières commerciales ou  comptables), et pour celles qui assurent leur souhait d’une cohabitation d’intérêts avec la sociologie, la psychologie, la philosophie…

La disparition des médecins de famille qui étaient corvéables à tout heure est aussi la conséquence de la féminisation de ce métier, et on pourrait certainement trouver d’autres exemples (chez les enseignants, les avocats ?). Encore une fois, qu’on ne se méprenne pas. Je cherche à interpréter un mouvement pas à stigmatiser. D’autant qu’elles seront les premières à être victimes du rh bashing ambiant, ce qui n’est guère rassurant

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :