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Le tribunal appelle à la barre : Le coaching

Par André Perret, la mouche du coach…et Président du Tribunal des Flagrants Délires RH



 

Précaution préalable, car je sens que je vais recevoir du courrier…

Il est hors de question de porter préjudice à ces personnes et souvent amies qui travaillent avec sérieux, altérité, et efficacité en accompagnant des salariés, dirigeants ou non, et qui ont estimé à un moment de leur vie professionnelle, qu’ils ou elles avaient besoin d’aide. Mais je vais m’attaquer dans les lignes qui suivent, à cette horde de charlots qui se targuent de bienveillance et de pratique de questionnement et qui envahissent les salles d’attente de nos entreprises en cherchant à vendre une prestation qui servira dans le meilleur des cas à dédouaner un RH ou un hiérarchique un peu dépassé, ou dans le pire des cas à ajouter à la confusion et à « casser » des individus fragiles.

Alors, les Sophie, les Charlotte, les Marc, les Jérôme… mille excuses, ce n’est certainement pas vous qui êtes visés, mais bien celles et ceux qui vous font tort !



 

Faites entrer l’accusé !

Le président - : Veuillez décliner vos noms, prénoms et qualité, dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité et dites je le jure.

Le coaching - : “super coaching certifié”, certainement plus de 40 ans d’existence dont 10 de certifié, je jure de dire toute la vérité lorsqu’elle est bienveillante…

Le président - : Aujourd’hui tout le monde peut se déclarer « coach », il existe néanmoins des organisations professionnelles qui garantissent l’éthique des membres et leurs formations, est-ce exact ?

Le coaching - : Absolument, nous sommes des professionnels qui œuvrent pour que les personnes qui font appel à nous puissent trouver en eux leur « énergie positive » et envisager l’avenir avec sérénité…

Le président - : ah bon, et que faites-vous de l’énergie négative ? C’est comme la psychologie positive…quels sont les praticiens de la psychologie négative !!!  Mais, ce n’était pas la question. Reprenons ! quels sont les profils des apprentis coachs et quelles sont les formations ?

Le coaching - :  Nos détracteurs nous disent souvent que la plupart des coachs, qui veulent aborder ce métier, ont des problèmes à régler avec eux-mêmes, ou avec leur propre carrière. Des encadrants qui sont en recherche d’emploi depuis longtemps ou d’autres qui viennent de se faire licencier, des personnes qui ont quelques problèmes de « personnalités » … mais ce n’est pas toujours le cas. Et la formation est là pour leur apporter les techniques nécessaires.

Le président - : C’était souvent le cas pour les apprentis « psy » mais au moins ils ne pouvaient être « psychanalyste » qu’après avoir été eux-mêmes analysés. Je crois que bien des formations, y compris universitaires, exigent que les impétrants « vendent » pendant leur formation 3 coaching de « cadres » et que les comptent rendus de ces interventions comptent dans les notes qui permettront d’être diplômé. Donc on vous demande de jouer avec le feu, sans être formé, et de mettre, peut être par méconnaissance, l’équilibre de personnes fragiles servant de cobayes, en jeu. C’est déontologique, ça ?

Le coaching - : mais nous sommes « supervisés » par des pros. 

Le président- : oui, je sais ! par des coachs confirmés, et par des tuteurs aussi lorsque vous êtes en formation, mais eux, parfois de la promotion précédente, on ne peut pas dire alors qu’ils soient aguerris… Mais dites-moi, quelles sont les techniques dont vous parlez ? Sont-elles les mêmes que celles dont parle un cabinet sur son site ?

« Nous travaillons et renouvelons en permanence nos savoir-faire issus de la Systémique, la PNL, la Cohérence Cardiaque, l’Analyse transactionnelle, la Narrative, la Sophrologie . . . »

Le coaching- : Entre autres, bien sûr. Ce sont souvent des héritages de l’école de Palo Alto. 

Le président - : Monsieur, ces techniques n’ont souvent aucune valeur scientifique. Une étude française scientifique, celle-là, vient même de démontrer que la sacro-sainte PNL n’avait aucun fondement. On est souvent dans le domaine de la croyance et non de la science…un peu comme les « parapsychologiques » pour le recrutement il y a 30 ans… une université, à l’époque, avait même tenté de légitimer la graphologie en créant une chaire. Mais les professionnels du recrutement ont fini par refuser ces outils contestés, heureusement. Maintenant lorsqu’on assiste à des formations universitaires de coaching, où les stagiaires passent des heures entières en papouilles, en se serrant dans les bras pour mieux se connaitre entre eux, ou à jouer avec des cartes pour tenter de trouver celles qui les représentent le mieux, on peut douter du sérieux de ces techniques, non ? Par moment ça ressemble même à des pratiques « sectaires » …

Le coaching - : Mais Monsieur le Président, on est dans le domaine des relations humaines, pas dans la technique… on doit se découvrir, découvrir la relation à l’autre, être en phase, en communion…

Le président - : Amen… je vous parlais de croyance ! Quant à Palo-Alto, c’est dans toutes les bouches des coachs, tout ça pour dire qu’on découvre que l’homme est un tout, dans un « système » … Maintenant, l’individu qui est mal dans sa peau parce qu’il est en difficulté avec sa hiérarchie ou avec ses équipes, il n’en n’a rien à faire de Palo Alto, il souhaite peut être avant tout des conseils, non ? 

Le coaching - : Justement non, d’abord parce que les coachs seraient bien incapables de lui donner. Ils n’ont ni la formation et, souvent, ni l’expertise pour ça. Mais en plus, ce n’est que si le coaché découvre par lui-même les solutions qu’il peut se les approprier. 

Le président - : Donc c’est le coaché qui fait le travail et vous qui facturez… 

Le coaching - : Oui, euh, non, c’est nous qui l’amenons à … 

Le président - : Bon, passons… donc pour résumer, vous « amenez à » comme vous dites, essentiellement en reformulant et en ne répondant jamais aux questions…

Le coaching - : qu’est-ce que vous entendez par là ?

Le président - : c’est ça, et qu’est-ce que je ressens à cet instant, quelle est l’image d’un animal qui me correspond le mieux en ce moment… vous vous foutez de moi ?

Le coaching - : excusez-moi, Monsieur le Président, déformation professionnelle !

Le président - : Reprenons… un de vos leitmotiv de début de mission est d’établir la présence du coach… établir un contrat, ça on sait ce que c’est, mais « la présence » ? 

Le coaching - : Chaque profession a son jargon, n’est-ce pas… 

Le président - : Oui mais la votre oscille entre ésotérisme et « enfumage », il ne faut pas parler des problèmes ou de la problématique du coaché, mais « le rejoindre là où il est » c’est certainement plus clair pour vous, mais pour le coaché ?

Le coaching - : (perdant un peu son sang-froid) on dirait que vous le faites exprès. Les mots ont un sens, c’est comme lorsque nous disons qu’il faut faire « alliance » avec le coaché, et qu’il faut être « aligné ». C’est fort !

Le président - : il est vrai que si vous parliez comme tout le monde vous risqueriez de perdre en aura ! Vous utilisez souvent les métaphores aussi…

Le coaching - : Là je vous l’accorde. Et notre préférée est que nous sommes là, non pour donner du poisson mais apprendre à pécher. 

Le président - : Tiens, une relation entre Mao Tsé-toung et le coaching… le grand Timonier…

Le coaching - : Pourquoi dites-vous ça ?

Le président - : (songeur) Pour rien, pour rien… et les trois piliers ?

Le coaching - : les trois piliers du coaching sont la conscience, le choix et l’ouverture.

Le président - : Il n’y en a pas un quatrième « virtuel », « invisible » ? 

Le coaching - : Pourquoi dites-vous ça ?

Le président - : (blasé) pour rien, pour rien… pendant qu’on y est vous me confirmez que la position méta n’a rien à voir avec le kamasoutra ? Comme d’ailleurs les positions hautes et basses auxquelles vous faites souvent allusion…

Le coaching - : Vous pouvez répéter votre question ? 

Le président - : non, je passe ! Greffier, ne notez pas ! Vous avez des règles internationales, un code décliné en 11 compétences. J’en prends une par exemple la 6, où il vous faut pratiquer un « questionnement puissant », ça ne doit pas être simple pour quelqu’un qui passe son temps à retourner les questions…et non, plutôt la 8 … il faut « élargir la conscientisation » … toujours votre fameux « jargon » ?

Le coaching - : Certainement, désolé si ça ne vous parle pas…

Le président - : « ça me parle » aurait dit Lacan. Tiens parlons psy… Les coachs parlent en permanence de TCC (Théories comportementales et cognitives) et parfois j’entends des coachs parler de « patients » et non de clients. Vous croyez que des coachs non-psy sont habilités à jouer avec ça ? D’autant que pendant les formations on ne rentre quasiment jamais dans le détail des pratiques.

Le coaching - : On est parfois sur le fil du rasoir. A nous de ne jamais tomber dans la thérapie. Ce n’est pas notre rôle. C’est aussi au superviseur de s’en assurer.  

Le président - : Monsieur Coaching, quelle est votre météo aujourd’hui ? 

Le coaching - : Mais elle est excellente, Monsieur le Président, et la vôtre ?

Le président - : il y a avis de tempête ! si je n’arrive pas à assurer mon « continuum d’autodétermination » ça risque d’être cyclonique ! Et le coaching d’équipe ? Est-il exact que la plupart des outils que vous utilisez pour les coaching dits d’équipes sont les mêmes que ceux qui sont utilisés pour les formations en « cohésion d’équipe » ?

Le coaching - : Oui, sans doute, et alors ?

Le président - : Là encore, vous mélangez les genres pour faire un produit qui ressemble à l’ancien, a le goût de l’ancien, mais donne l’impression d’être nouveau et vous permet de vendre une prestation qui dure, dure… alors qu’un stage peut résumer tout ça en une ou deux sessions …

Le coaching - : Ce n’est pas la même chose, nos formateurs insistent bien sur le fait que ce n’est pas de la « cohésion », qu’il faut installer les pratiques dans la durée…

Le président - : C’est bien ce que je disais. Donc pour reformuler – excusez-moi, déformation pas professionnelle, vous servez de miroir que ce soit à un dirigeant, à un cadre ou à une équipe… mais quand même, sans mauvais jeu de mot, entre 10 et 30k€ pour un miroir, ça donne à réfléchir, non ? Et les entreprises acceptent ?

Le coaching - : Et certaines en redemandent, Monsieur le Président, c’est bien la preuve que ça fonctionne… Maintenant il faut ramener les prix que vous indiquez aux heures passées. D’ailleurs nous disons qu’il faut parfois « savoir ralentir le coaché ».  La satisfaction des coachés est aussi notre outil de mesure…

Le président - : Tu parles ! Pour une fois que quelqu’un les écoute ! N’y a-t-il pas là manifestation d’une décharge de ce qui devrait-être une bonne pratique managériale ? Et pour les dirigeants, c’est un peu comme ceux qui ont besoin de parler à un confesseur, à un astrologue, à une maitresse… parler à d’autres qu’aux membres du Codir… non pas pour leurs réponses, mais simplement pour être écouté ?

Le coaching - : Vous venez peut-être de justifier là mon métier, Monsieur le Président…

Le président - : Si c’est à ce point-là, je vais peut-être penser à une reconversion !

 



 

 





 

 

 

Ce texte fait l'objet d'un article dans l'excellent MagRH N°12 que vous avez loisir de télécharger gratuitement sur ce lien : http://www.reconquete-rh.org/MagRH12.pdf

 

Le tribunal et le coaching...
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