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Mesdames et Messieurs les Gourous, foutez nous la paix !

Mesdames et Messieurs les Gourous, foutez nous la paix !

Avec l’Economie, notre secteur d’activité, celui des Ressources Humaines, est certainement l’un des plus perméables à l’invasion de gourous de tout poil… La différence avec l’Economie, tient dans le fait que le ticket d’entrée est nettement moins cher. En Economie, un prix Nobel est souvent exigé ou une responsabilité ministérielle présente ou passée accompagnée de moults ouvrages. En RH, il suffit bien souvent d’un titre universitaire, parfois de seconde catégorie, d’avoir occupé un poste de DRH quelques années quelques soient les résultats du passage, d’être capable de manier les évidences comme s’il s’agissait d’innovations récentes. Après tout, ce ne serait pas si grave si les entreprises acheteuses n’avaient qu’à s’en prendre à leur naïveté.

Si aujourd’hui, mon coup de gueule circonstanciel les prend en ligne de mire, c’est qu’ils polluent mon champ visuel, en particulier sur les réseaux sociaux, qu’ils sont dangereux non seulement pour les entreprises mais surtout pour les collaboratrices et collaborateurs qu’elles emploient, et enfin pour la profession RH elle-même… avec l’effet DRH bashing associé

  • Pollution : sur les quelques réseaux sociaux où je passe un peu de temps, les informations et prises de position péremptoires sont légions. Qu’elles viennent de fournisseurs de logiciels qui réinventent le monde sur la base de données totalement discutables, d’universitaires en manque de reconnaissance qui aimeraient se donner l’illusion de connaître l’Entreprise, ou encore de pseudo-scientifiques qui vous expliquent que les neurosciences peuvent être utilisées en permanence sur l’ensemble de la chaine RH, y compris par des personnes qui n’ont rien de scientifiques… On a ainsi envie de « faire le ménage », de tourner le pouce vers le bas pour prévenir les amis… attention arnaque ! Et bien non, dans l’heure qui suit, des commentaires à la sensibilité tremblante viennent conforter le scripteur dans la justesse de ses propos. C’est ce que les plus anciens ont déjà connu il y a quelques années avec l’utilisation des « sciences occultes ». Je repense à cette phrase d’un humoriste : « si l’abus de pub tue la pub, l’abus de connerie n’a jamais tué un con ! » Si vous regardiez réellement les programmes des conseillers en QVT ou de nombres de coaches, vous seriez surpris…
  • Danger : il est réel. Ces acteurs qui, malgré tout pour un certain nombre, présentent bien, ont un sens marketing élevé, et des titres rassurants, sont capables d’enjôler des décideurs pour de mauvaises raisons. Ces décideurs sont parfois réellement vertueux dans leur questionnement et pensent réellement au bien-être des salariés et à la performance de l’entreprise. L’obligation de moyens est alors une bonne excuse. Si la rémunération du « consultant-gourou » était proportionnelle et soumise aux résultats, il y en aurait peut-être un peu moins… Car, au mieux, il va en être des préconisations comme de la « médecine douce »… (sans commentaire) au pire (et c’est cela qui m’inquiète) c’est le concept de « non-retour » qui est terrible. Prenons le cas d’une entreprise dite « libérée » pour faire suite à une prescription et qui se rend compte qu’elle doit changer de cap : combien d’agents de maîtrise en auront fait les frais, combien d’espoirs déçus chez les opérateurs, et que d’argent perdu. Pas pour le « Gourou » bien entendu.
  • RH bashing : Sur quoi repose le RH bashing médiatique ? Sur les conséquences d’un dialogue social avorté, sur l’impossibilité de faire passer l’humain avant le financier ? Peut-être… Mais plus insidieusement, sur les outils douteux, sur les accusations de professionnalisme incertain, et plus globalement sur une légitimité suspecte (tout le monde peut devenir DRH). Et qui véhicule cela ? Si, sur les premiers points les journalistes sont souvent les fers de lance de ces accusations, voire des cinéastes ou des chanteurs, les autres métiers de l’entreprise, les collègues et confrères sont, parfois sans le savoir, les dénonciateurs de ces mauvaises pratiques. Et lorsqu’on remonte à la source, on trouvera toujours une lecture, une rencontre, une influence malsaine. On trouvera toujours un petit « gourou »…

Et il y en a marre, mettons ces gourous hors l’entreprise… et nous ne verrons peut être plus dans nos boites mails de la pub pour « la méditation des patrons », « atteindre la clarté dans son travail », « l’agile RH », « la mesure de l’intelligence émotionnelle » ou encore « le leadership de Mandela »…

Alors il est grand temps de faire le ménage… En recrutement, en formation, en management, en SI, soyons vigilants. Donnons-nous la peine de ne pas croire « sur parole ». Ce n’est pas parce que les RH ne sont pas une science exacte qu’il faut tomber dans l’irrationnel, ce n’est pas parce que nous n’avons pas encore les arguments capitalistiques qu’il nous faut nous dédouaner d’une absence de vision gestionnaire. Ce n’est pas parce que le packaging est au top que le contenu est pertinent ; ce n’est pas parce que les injonctions promettent le bonheur (même au travail, un comble !) qu’il faut les accepter…

Etre DRH c’est sérieux ! Ce ne veut pas dire triste et rabat-joie, ça signifie simplement que c’est un métier, des techniques, des compétences et des qualités. C’est donner à l’entreprise les effectifs capables d’accompagner la stratégie au moment où il le faut, avec toute l’anticipation nécessaire, et c’est permettre aux personnes qui composent cet effectif de se réaliser et de prendre du plaisir à participer à ces projets. Ce n’est ni imaginer imposer une idée du bonheur, ni faire le bonheur des gens contre leur volonté…sinon on est soi-même un « gourou »…

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